Santé
Les pressions américaines sur les prix des médicaments pourraient ajouter des centaines de millions aux coûts en Suisse
Une étude de l’EPFZ et de l’Université de Zurich avertit que les pressions des États-Unis pour faire baisser les prix des médicaments pourraient inciter les entreprises pharmaceutiques à demander des prix plus élevés ailleurs. Si la Suisse accepte ces hausses, les ménages pourraient devoir assumer des coûts annuels supplémentaires de plusieurs centaines de millions de francs.

Une offensive américaine sur les prix pourrait se répercuter sur les primes d’assurance en Suisse. Une étude menée par des chercheurs de l’EPFZ et de l’Université de Zurich avertit que les entreprises pharmaceutiques pourraient chercher à obtenir des prix plus élevés dans d’autres pays, alors que Washington les pousse à baisser les prix aux États-Unis. Si la Suisse accepte ces hausses, les ménages pourraient devoir assumer des coûts annuels supplémentaires de plusieurs centaines de millions de francs.
Ces pressions comptent en Suisse, où les prix des médicaments figurent déjà parmi les plus élevés au monde, même s’ils sont encore plus élevés aux États-Unis. Pour les entreprises pharmaceutiques suisses Roche et Novartis, des prix plus bas sur leur plus grand marché se traduiraient par des revenus moindres. Selon l’étude, les entreprises font pression sur d’autres pays pour qu’ils acceptent des prix plus élevés.
Les conséquences vont au-delà des négociations entre les gouvernements et les entreprises pharmaceutiques. Des prix plus élevés pour les médicaments pèsent sur les primes d’assurance-maladie, reliant les décisions internationales en matière de prix aux coûts supportés par les ménages en Suisse. Kerstin Vokinger, coautrice de l’étude, estime que le pays doit réfléchir attentivement à sa réponse aux pressions américaines.
Retracer la chaîne de fixation des prix aux États-Unis
Le projet américain lie les prix pratiqués aux États-Unis à ceux d’un groupe de pays de référence. L’approche dite de la « nation la plus favorisée » proposée consisterait à comparer les prix des médicaments aux États-Unis à ceux pratiqués dans des pays comme la Suisse. Les entreprises pharmaceutiques ont ainsi intérêt à demander des prix plus élevés sur ces marchés : plus les prix des pays de référence sont élevés, plus les prix américains pourraient le rester.
Ce mécanisme peut aussi mettre les pays en concurrence. Un gouvernement qui refuse une hausse de prix pourrait craindre que les entreprises jugent son marché moins attrayant pour le lancement de nouveaux médicaments. Selon Vokinger, aucun pays ne veut se retrouver avec les prix les plus bas et risquer de perdre l’accès à des traitements innovants. Cette crainte pourrait pousser les pays à surenchérir les uns sur les autres.
Les prix suisses ne jouent actuellement pas de rôle décisif dans la fixation des prix américains, car ils ne figurent pas parmi les plus bas au niveau international, indique Vokinger. Leur influence augmenterait si d’autres pays relevaient aussi leurs prix. Pour la Suisse, la question dépend donc des décisions prises dans l’ensemble plus vaste de pays servant de référence pour les comparaisons de prix aux États-Unis.
Mettre en balance l’accès aux médicaments et la hausse des factures
Les prix des médicaments en Suisse sont déjà élevés en comparaison internationale. On ne sait pas encore comment les États-Unis fixeront finalement leurs prix, mais le débat politique influence déjà les arguments des entreprises. René Buholzer, directeur d’Interpharma, l’association qui représente les grandes entreprises pharmaceutiques en Suisse, affirme que celles-ci doivent s’adapter, car les prix pratiqués sur le petit marché suisse peuvent avoir une incidence sur le marché américain, beaucoup plus vaste.
Dans la pratique, soutient Buholzer, des prix suisses plus élevés pourraient être nécessaires pour que les médicaments innovants restent disponibles dans le pays. L’Office fédéral de la santé publique rejette l’idée d’une hausse généralisée des prix. Il estime que la mise en œuvre à long terme des modèles américains de fixation des prix reste incertaine.
Ce désaccord place au cœur du débat politique deux préoccupations : le prix payé par les patients et les assureurs en Suisse, et les décisions des entreprises concernant la mise sur le marché de nouveaux médicaments dans le pays. L’avertissement de l’étude est conditionnel. Si la Suisse et d’autres pays cèdent aux pressions en faveur de prix plus élevés, les ménages suisses pourraient assumer une part importante des coûts qui en résulteraient, par le biais des primes d’assurance-maladie.
Préserver l’accès aux médicaments à mesure que la politique évolue
Les décisions des entreprises concernant le lancement des médicaments et leur remboursement sont déjà au cœur du débat. Interpharma indique qu’une enquête menée auprès de ses entreprises membres a révélé qu’environ un tiers des médicaments autorisés ne sont plus soumis au ministère de la santé pour approbation de leur remboursement. L’Office fédéral de la santé publique affirme toutefois avoir reçu à peu près autant de demandes que l’année précédente.
L’accès aux médicaments innovants reste important pour les patients en Suisse. Il appartient aux entreprises de décider si elles déposent une demande de remboursement pour un médicament, tandis que les autorités évaluent les conséquences des politiques de prix pour le système de santé et les ménages.
Vokinger estime que la Suisse devrait collaborer avec d’autres pays pour trouver des solutions communes. Cette coopération est importante, car un pays agissant seul peut craindre de perdre l’accès à de nouveaux traitements, tandis que des prix plus élevés dans plusieurs marchés pourraient influer sur le système américain des prix de référence. La réponse de la Suisse devra tenir compte à la fois des coûts supportés par le biais des assurances et de la disponibilité des médicaments dont les patients ont besoin.