géothermie
La région de Saint-Gall réexamine la géothermie profonde après l’échec d’un projet
Une nouvelle étude révèle que certaines régions de Suisse orientale pourraient à nouveau se prêter à la géothermie profonde, 13 ans après qu’un séisme a mis un terme au projet pionnier de Saint-Gall. Buchs, Ebnat-Kappel et Widnau/Diepoldsau figurent parmi les sites identifiés pour d’éventuels forages futurs, relançant le débat sur les risques et le potentiel des énergies renouvelables indigènes.

Treize ans après qu’un séisme a stoppé le projet phare de géothermie de Saint-Gall, le canton se prépare à regarder à nouveau sous la surface. Une nouvelle étude commandée par le gouvernement cantonal estime que certaines régions de Suisse orientale restent bien adaptées à la géothermie profonde, rouvrant un débat qui s’était enlisé après l’échec de 2013.
Le rapport cite Buchs, Ebnat-Kappel et Widnau/Diepoldsau parmi les sites possibles pour de futurs forages. Il relève également des conditions géologiques favorables à la production de chaleur, notamment des chenaux glaciaires remplis de roches meubles ainsi que de grandes zones de failles et de fractures susceptibles de permettre à l’eau de circuler sous terre.
Ces conclusions sont importantes, car la Suisse dépend encore largement des importations d’énergie et cherche des sources renouvelables indigènes. Les systèmes géothermiques pourraient fournir de la chaleur toute l’année, y compris lorsque la production solaire est faible. Cette technologie répond aussi aux besoins des villes et de l’industrie, qui nécessitent une chaleur constante pour les bâtiments et les processus de production.
L’ancien projet dans la ville de Saint-Gall a pris fin après un séisme lié aux opérations de forage. Son forage de 4400 mètres reste un rappel concret des ambitions du canton, mais aussi des conséquences d’une connaissance incomplète du sous-sol. La nouvelle étude ouvre une voie pour reprendre les travaux, avec une stratégie de développement plus prudente.
La géologie sous le canton
Un rapport de 178 pages fournit au canton des arguments géologiques pour réessayer. L’étude conclut que la zone examinée est « géothermiquement attractive », en citant des structures souterraines susceptibles de stocker et de transporter de l’eau chaude.
Les conditions les plus prometteuses se trouvent là où les forages peuvent atteindre des zones de failles ou de fractures perméables. Dans la vallée du Rhin, des chenaux glaciaires formés lors des périodes glaciaires passées s’étendent à environ 300 à 600 mètres sous terre. Ils ont ensuite été remplis de roches non consolidées. Ces formations pourraient constituer un point de départ utile pour des projets de moyenne profondeur.
Le rapport mentionne également de grandes structures géologiques à des profondeurs plus importantes. Le sous-sol reste toutefois mal connu. La plupart des forages existants à Saint-Gall servent à des sondes géothermiques et n’atteignent que 200 à 300 mètres. Ils fournissent des informations locales, mais peu d’éléments directs sur les formations plus profondes nécessaires à un système de chauffage de grande ampleur.
Cette incertitude oriente les recommandations du rapport. Au lieu de viser immédiatement les cibles les plus profondes et les plus coûteuses, les développeurs devraient d’abord tester un « play » moins profond, soit une zone définie présentant un potentiel géothermique. Les données recueillies pourraient guider les décisions ultérieures concernant les forages, les écoulements d’eau et la production de chaleur. Cette approche réduirait le coût des premières erreurs tout en améliorant les connaissances géologiques.
Le séisme continue de fixer les conditions
Le précédent projet de Saint-Gall s’est achevé par un séisme et a mis en suspens le développement de la géothermie profonde dans toute la Suisse orientale. La ville avait joué un rôle pionnier dans la recherche d’énergie à grande profondeur. Le forage a atteint 4400 mètres, mais le projet a été stoppé après la survenue d’une activité sismique pendant les opérations.
Les conséquences ont dépassé les limites de la ville. Les projets ambitieux envisagés ailleurs en Suisse orientale n’ont pas réussi à prendre leur essor, tandis que les travaux réglementaires en Thurgovie se sont poursuivis sans aboutir à une installation d’envergure. Le projet proposé par Geo-Energie Suisse à Etzwilen est en suspens depuis des années. L’entreprise fait désormais avancer un projet à Haute-Sorne, dans le canton du Jura.
L’expérience de Saint-Gall signifie que toute nouvelle proposition sera examinée de près par la population, les communes et les autorités de réglementation. Les ingénieurs devront surveiller la pression, les mouvements de l’eau et l’activité sismique tout au long du processus de forage. Les autorités devront aussi définir des seuils clairs pour suspendre ou interrompre les opérations.
Le nouveau rapport n’efface pas cette histoire. Il définit un processus par étapes qui pourrait permettre de recueillir davantage de données locales avant qu’un développeur ne s’engage dans un forage profond. Pour les collectivités proches de Buchs, d’Ebnat-Kappel et de Widnau/Diepoldsau, le débat portera à la fois sur la promesse d’une chaleur locale et sur le souvenir des événements survenus dans le chef-lieu cantonal.
Un potentiel de 200 gigawattheures
Quatre des sites les plus prometteurs du canton pourraient produire plus de 200 gigawattheures de chaleur par année. Cette estimation couvrirait environ un cinquième de l’objectif de production d’énergie renouvelable fixé dans la stratégie énergétique de Saint-Gall. Le projet pourrait ainsi atteindre une ampleur importante pour les réseaux de chauffage communaux et l’industrie locale.
Il s’agit d’une production potentielle, et non d’un résultat garanti. Un système opérationnel nécessiterait des forages réussis, un débit d’eau souterrain suffisant et des infrastructures pour acheminer la chaleur jusqu’aux consommateurs. La distance entre un site de production et un réseau de chauffage pourrait déterminer la viabilité économique d’un projet.
Les sites envisagés se distinguent également par leur contexte local. Buchs et la vallée du Rhin au sens large comprennent des zones urbaines, commerciales et industrielles susceptibles d’utiliser une chaleur constante. Ebnat-Kappel se situe dans un autre contexte, celui du Toggenbourg, tandis que Widnau et Diepoldsau se trouvent dans une partie densément peuplée de la vallée du Rhin. Chaque site nécessiterait des évaluations géologiques et des procédures de planification spécifiques.
La géothermie profonde compléterait les autres sources d’énergie renouvelable suisses, sans les remplacer. Elle pourrait fournir une chaleur constante lorsque la production solaire et éolienne fluctue. L’approche par étapes proposée dans le rapport donnerait aux communes le temps d’examiner les coûts, les clients potentiels et les mesures de sécurité sismique avant de soutenir un projet à grande échelle.
Le prochain forage mettra la confiance à l’épreuve
La prochaine étape sera un test, et non un retour immédiat aux forages les plus profonds. L’étude recommande de commencer par un « play » géothermique moins profond, où des forages permettraient d’établir le comportement des roches, des fractures et de l’eau souterraine avant que les coûts n’augmentent davantage.
Cette démarche pourrait contribuer à rétablir la confiance après le séisme survenu lors du précédent projet de Saint-Gall. Elle fournirait aussi au canton de meilleurs éléments pour prendre des décisions en matière d’autorisations, d’assurances, de procédures d’urgence et de consultation publique. Le rapport souligne que l’augmentation de la profondeur entraîne à la fois des coûts de forage plus élevés et des risques techniques accrus.
Aucun grand projet de géothermie profonde n’a été développé en Suisse orientale depuis l’échec de Saint-Gall. Le projet d’Etzwilen, en suspens en Thurgovie, montre à quelle vitesse l’incertitude peut bloquer les investissements. D’autres cantons suivent l’évolution du projet de Haute-Sorne, où Geo-Energie Suisse en poursuit un nouveau.
Pour la politique énergétique suisse, le réexamen mené à Saint-Gall permettra de vérifier si la géothermie peut passer d’études prometteuses à des infrastructures soigneusement encadrées. Le canton doit maintenant décider comment traduire le potentiel géologique en études de sites, accords locaux et financement. La population évaluera le projet à l’aune de questions concrètes : que va-t-on forer, comment l’activité sismique sera-t-elle surveillée, qui assumera le risque financier et où la chaleur sera-t-elle acheminée ? Les réponses détermineront si le forage devient le modèle d’une reprise mesurée ou un nouveau chapitre inachevé.