politique
Le chef de l’UNRWA critique la réponse de la Suisse à Gaza
Le responsable suisse de l’UNRWA critique la position humanitaire de la Suisse concernant l’aide à Gaza, mettant en lumière les tensions entre la neutralité traditionnelle et les obligations humanitaires.

L’héritage humanitaire de la Suisse est soumis à une rude épreuve, et les critiques viennent de l’un des siens. Philippe Lazzarini, le ressortissant suisse à la tête de l’UNRWA, interpelle directement Berne, sans détour, et demande pourquoi le pays hésite alors que Gaza brûle. Dans un entretien sans concession accordé au Temps, Philippe Lazzarini n’a pas mâché ses mots. Il a exprimé son profond regret face à la réticence de son pays d’origine à réclamer une reprise immédiate de l’aide.
« Je ne sais pas ce qu’il faut encore à la Suisse pour se décider », a déclaré Philippe Lazzarini, dans une formule qui traduit sa frustration. Il ne s’agit pas simplement d’un désaccord diplomatique, mais d’un affrontement entre la prudence bureaucratique du Conseil fédéral et l’urgence sanglante sur le terrain. En ne prenant pas de mesures décisives, la Suisse risque de donner l’impression d’être paralysée au moment où une position morale claire s’impose. La position de Philippe Lazzarini est sans équivoque : le temps des délibérations est passé et le silence de Berne devient assourdissant.
Le silence au milieu du concert des 24 pays
L’isolement diplomatique est manifeste. Lundi, une coalition de 24 pays occidentaux s’est unie pour lancer un appel fort à Israël, réclamant la reprise immédiate et sans entrave des opérations humanitaires à Gaza. La liste des signataires représente un vaste bloc d’influence occidentale. Pourtant, la Suisse brillait par son absence.
Alors que près de deux douzaines d’alliés se sont unis pour réclamer un accès sans entrave, le siège suisse est resté vide. Cette absence n’est pas un simple oubli diplomatique : elle signale clairement une hésitation. Philippe Lazzarini souligne ce décalage avec une précision incisive et s’interroge sur la logique du refus suisse de se joindre au concert des voix. Dans un paysage géopolitique où les alliances déterminent l’influence, la décision de la Suisse de faire cavalier seul soulève des questions dérangeantes sur sa stratégie actuelle de politique étrangère. S’agit-il de neutralité ou de paralysie ? Le contraste entre l’action résolue de 24 pays et le silence suisse crée un vide qui, selon ses critiques, érode le statut international du pays.
La crise identitaire de la « Genève humanitaire »
La Suisse n’est pas un pays comme les autres : elle est la gardienne de la « Genève humanitaire », capitale mondiale de l’aide et des droits humains. Philippe Lazzarini avertit toutefois explicitement que cette réputation traverse actuellement « une grave crise ». Le décalage est saisissant : comment le pays qui accueille le Comité international de la Croix-Rouge et le siège européen de l’ONU peut-il rester en marge de la catastrophe humanitaire la plus pressante du siècle ?
« Il est regrettable que la Suisse... ne prenne pas position », a affirmé Philippe Lazzarini. Il pointe une tension fondamentale entre la neutralité politique traditionnelle de la Suisse et ses obligations humanitaires. L’image de la Suisse repose sur sa capacité à protéger et à apporter de l’aide. En ne mettant pas à profit sa position unique pour plaider en faveur des personnes affamées et déplacées à Gaza, le gouvernement risque de vider de son sens la tradition même qu’il prétend défendre. Le monde attend de Genève qu’elle fasse preuve de leadership, et non de passivité. Quand l’hôte du monde humanitaire se tait, c’est tout le système qui tremble.
Prendre les commandes
L’appel à agir est clair : la Suisse doit cesser de suivre et commencer à montrer la voie. Philippe Lazzarini ne demande pas une simple participation : il exige que Berne prenne les commandes. « Je pense qu’un pays comme le nôtre devrait prendre la tête d’initiatives de ce type », a-t-il insisté. C’est un défi lancé à la souveraineté et aux capacités de la Suisse, ainsi qu’un appel à renouer avec la diplomatie proactive qui a autrefois défini le pays.
Attendre un consensus n’est plus une stratégie viable. La situation humanitaire à Gaza se dégrade d’heure en heure et la fenêtre d’action efficace se referme. Si la Suisse souhaite rétablir la confiance dans ses institutions et son autorité morale, elle doit mettre fin à ses hésitations actuelles. On attend de Berne qu’elle ne se contente pas de signer de futurs appels, mais qu’elle les rédige. Le monde observe et, pour Philippe Lazzarini, le message adressé à sa patrie est urgent : réveiller et prendre les commandes, avant que l’héritage humanitaire suisse ne devienne une relique du passé.