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UBS conteste les nouvelles exigences suisses en matière de fonds propres
La plus grande banque de Suisse s’oppose au délai de sept ans proposé pour augmenter les fonds propres de ses filiales à l’étranger

Un montant colossal de 26 milliards de dollars est en jeu alors qu’UBS et le gouvernement suisse s’affrontent sur l’avenir de la réglementation bancaire. Vendredi, le gouvernement a officiellement présenté un projet de loi qui obligerait le géant bancaire à augmenter considérablement les fonds propres de ses filiales à l’étranger, provoquant une onde de choc dans le quartier financier de Zurich. UBS a immédiatement riposté, qualifiant la proposition d’« excessive » et de fondamentalement erronée.
L’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement bureaucratique, mais d’un séisme financier né des décombres de l’effondrement de Credit Suisse en 2023. Le gouvernement estime que ces mesures sont nécessaires pour mettre l’économie suisse à l’abri, tandis qu’UBS juge les exigences draconiennes. Dans une déclaration cinglante, un porte-parole de la banque a affirmé : « Nous sommes fermement opposés à l’augmentation proposée des exigences en matière de fonds propres. » La banque soutient que le projet ne tient pas compte des enseignements tirés et risque de handicaper le dernier géant bancaire mondial encore présent en Suisse. La consultation, ouverte jusqu’au 9 janvier, donne le coup d’envoi à un affrontement qui façonnera la finance suisse pendant une décennie.
Sept ans sous pression
Berne resserre l’étau, mais accorde un délai de sept ans avant de le refermer complètement. Le projet du gouvernement prévoit qu’UBS doive assurer une couverture intégrale en fonds propres, soit atteindre un objectif de 100 %, pour ses entités à l’étranger. Le compte à rebours commencera dès l’entrée en vigueur de la loi, vraisemblablement autour de 2028, et la mise en conformité complète ne devrait donc pas intervenir avant 2035.
Les modalités de ce resserrement sont précises et implacables. À l’entrée en vigueur de la loi, la couverture en fonds propres requise, mesurée par le ratio CET1, devra atteindre 65 %. Elle devra ensuite augmenter de 5 points de pourcentage par année, jusqu’à atteindre le seuil de 100 %. Si la Finma, l’autorité suisse de surveillance des marchés financiers, soutient ces longs délais pour éviter les turbulences sur les marchés, l’incertitude pèse déjà sur le moral des investisseurs. L’action UBS est volatile tandis que le marché évalue la possibilité que les dividendes soient comprimés par la nécessité de conserver des liquidités. Cet étranglement progressif des flux de capitaux risque de réduire la marge de manœuvre de la banque dans un marché mondial déjà férocement concurrentiel.
En décalage avec les normes mondiales
UBS estime que la Suisse pénalise de fait son propre champion. Dans sa vive réponse au projet, la banque a mis en évidence une disparité flagrante : si les réformes sont adoptées, UBS devra satisfaire à des exigences de fonds propres 50 % plus élevées que celles de ses concurrents mondiaux. Il ne s’agit pas seulement d’un handicap, mais d’un véritable carcan concurrentiel.
« Cela ne correspond pas aux pratiques internationales », a déclaré le porte-parole de la banque pour décrire cette mesure. En exigeant un tel matelas de fonds propres, la Suisse risque d’isoler son secteur financier des normes en vigueur à Wall Street et dans la City de Londres. La banque estime que le « Swiss Finish », la tendance des autorités suisses à ajouter des exigences aux normes internationales, est passé d’un gage de qualité à un désavantage concurrentiel. Alors que le gouvernement vise une sécurité absolue, UBS avertit que le prix à payer est un terrain de jeu fortement déséquilibré en sa défaveur. Dans un monde financier mondialisé, être la banque la plus sûre ne sert à rien si l’on ne peut pas déployer ses fonds propres assez efficacement pour rester compétitif.
L’option nucléaire : un départ de Suisse ?
Confrontée à un siège réglementaire, UBS étudierait la possibilité d’une échappatoire ultime : déplacer son siège hors de Suisse. Des rumeurs ont refait surface selon lesquelles la banque envisagerait sérieusement de transférer son domicile, potentiellement aux États-Unis, pour échapper au tour de vis de Berne. C’est l’option nucléaire, une menace qui touche au cœur même de l’identité économique suisse.
Alors que la banque évoque publiquement des « mesures techniques » pour optimiser ses activités, des initiés laissent entendre qu’un changement fondamental est envisagé. Déplacer des personnes et le domicile juridique de la banque serait un cauchemar logistique, mais un coût de 26 milliards de dollars en fonds propres constitue un puissant motif de départ. Si la consultation, qui se termine en janvier, ne débouche sur aucun compromis, l’impensable pourrait devenir réalité. La Suisse doit faire un choix crucial : appliquer les lois bancaires les plus strictes au monde et risquer de voir son joyau partir à l’étranger, ou assouplir les propositions pour maintenir UBS à Zurich. Les prochains mois détermineront si la « banque suisse » reste une réalité ou devient une note historique pour son plus grand acteur.