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Swiss Observer

La Suisse enregistre son été le plus chaud jamais mesuré

La Suisse a enregistré son été le plus chaud depuis le début des mesures nationales, en 1864, avec une moyenne de 17,2 °C de juin à août. Cette chaleur record et la sécheresse affectent déjà l’agriculture et soulèvent des questions sur la production alimentaire et l’adaptation au changement climatique.

La Suisse enregistre son été le plus chaud jamais mesuré
AILe News

La moyenne estivale nationale a atteint 17,2 °C en Suisse, un niveau record depuis le début des mesures en 1864. MétéoSuisse a indiqué que la moyenne de juin à août dépassait de 0,4 °C le précédent record, établi en 2003. Elle se situait 3,4 °C au-dessus de la moyenne de 1991 à 2020, plaçant l’été 2026 très en dehors des conditions climatiques récentes.

La chaleur a touché l’ensemble du pays, avec l’écart le plus marqué dans le nord-ouest de la Suisse. Les températures y ont été en moyenne 4 °C supérieures à la norme à long terme, selon MétéoSuisse. À Bâle-Binningen, le thermomètre a atteint 39,7 °C le 30 juillet, égalant le record au nord des Alpes enregistré à Genève-Cointrin le 7 juillet 2015.

Ces chiffres dépassent le cadre des statistiques météorologiques. Les agriculteurs ont abordé l’été en sachant que la chaleur et la sécheresse peuvent réduire les rendements, accroître les besoins en irrigation et endommager les cultures à des stades cruciaux de leur croissance. Le paysage agricole suisse, morcelé, laisse aux producteurs peu de marge pour absorber des pertes répétées ou investir dans des infrastructures coûteuses.

MétéoSuisse a également relevé de nouveaux records locaux dans 30 stations météorologiques. Près de la moitié de ces records ont été enregistrés en juin, ce qui indique que la saison a commencé par une chaleur exceptionnelle au lieu de monter progressivement vers un unique pic en fin d’été.

Les records de chaleur s’étendent des plaines aux Alpes

Trente stations météorologiques ont établi de nouveaux records de chaleur durant l’été, tandis que le nombre de nuits tropicales a atteint 50 à l’échelle nationale. MétéoSuisse définit une nuit tropicale comme une nuit où la température ne descend pas en dessous de 20 °C. La Suisse a enregistré huit nuits tropicales de plus qu’en 2003, l’été qui détenait jusqu’ici le record.

L’écart était particulièrement visible dans des lieux comme Neuchâtel et Glaris. Dans les deux localités, le nombre de journées très chaudes a augmenté de 18 par rapport au précédent record. La persistance de la chaleur nocturne laisse aux personnes, aux animaux et aux cultures moins de temps pour récupérer après les températures élevées de la journée.

Les températures maximales du pays ne se sont pas limitées aux villes de plaine. Le 27 juin, le thermomètre à Scuol, dans les Grisons, a atteint 35,1 °C à 1304 mètres d’altitude. Cette mesure montre que la chaleur gagne des altitudes généralement associées à des conditions plus fraîches.

Le pic de 39,7 °C à Bâle-Binningen a égalé le record au nord des Alpes, mais la tendance générale est plus significative qu’une mesure isolée. La répétition des journées chaudes, les nuits tropicales et les températures inhabituellement élevées à différentes altitudes mettent sous pression l’approvisionnement en eau, les systèmes de santé publique, la gestion du bétail et les écosystèmes de montagne. Les données des stations de MétéoSuisse montrent un été marqué autant par l’étendue de la chaleur que par son intensité.

Les agriculteurs repensent les vergers suisses

Les arboriculteurs suisses constatent déjà le coût des étés plus chauds et plus secs, sous la forme de récoltes plus modestes. Achim Walter, professeur en sciences des cultures à l’EPFZ, a expliqué à Swissinfo que les variétés traditionnelles avaient été plantées en fonction d’anciennes températures et de régimes de précipitations différents. La sécheresse peut rendre les fruits plus sucrés sous un soleil intense, mais elle peut aussi les rendre plus petits et réduire les rendements totaux.

Cette pression pousse les producteurs à revoir les variétés adaptées aux vergers suisses. Les pommes résistantes à la chaleur, dont la Pink Lady, gagnent en importance. Des oliviers sont déjà cultivés dans des exploitations au nord des Alpes, et Achim Walter s’attend à ce que des cultures du sud de l’Europe remontent vers le nord à mesure que les conditions changent dans leurs régions de production traditionnelles.

L’asiminier, parfois appelé banane du Nord, pourrait également susciter de l’intérêt. Achim Walter indique qu’il supporte des températures hivernales allant jusqu’à -30 °C et qu’il se développe bien sous la chaleur estivale. Les amandiers pourraient convenir à un climat plus chaud, même si les périodes humides en Suisse peuvent favoriser les maladies fongiques.

Les changements de cultures nécessiteront davantage que des températures plus élevées. Les exploitations suisses sont souvent petites et morcelées, et l’introduction de nouvelles variétés implique des coûts de plantation, des compétences techniques et des débouchés incertains. Les produits phytosanitaires pourraient aussi devoir être autorisés pour des cultures encore peu répandues en Suisse.

L’adaptation va au-delà des fruits exotiques

L’adaptation au changement climatique modifie les discussions sur les cultures, mais la Suisse ne deviendra pas rapidement une région de production tropicale. Pour Achim Walter, cultiver en plein air des bananes, des mangues et des avocats est largement irréalisable, car les gelées hivernales peuvent tuer les arbres tropicaux. Les serres pourraient remédier à cet obstacle, mais une production à grande échelle serait coûteuse et aurait de la peine à rivaliser avec les importations provenant de pays plus chauds.

Le changement le plus immédiat concerne les cultures capables de supporter à la fois les hivers suisses et des étés plus chauds. Les pommes résistantes à la chaleur, les olives, les asiminiers, les lentilles et les pois chiches figurent parmi les options examinées par les agriculteurs et les chercheurs. Les producteurs suisses ont aussi expérimenté des cultures comme le riz à sushi pour s’adapter à l’évolution des conditions, même si la disponibilité de l’eau et les coûts de production restent des contraintes importantes.

La demande des consommateurs contribuera à déterminer quelles expérimentations deviendront des activités commerciales. Une culture peut survivre en Suisse sans réussir commercialement si les agriculteurs ne parviennent pas à la produire de manière fiable ou si les supermarchés privilégient des importations meilleur marché. Achim Walter s’attend également à ce que des pays comme l’Espagne fournissent davantage de mangues aux consommateurs suisses à mesure que les conditions de culture évoluent en Europe.

Pour les agriculteurs, l’adaptation consiste donc à gérer de concert le climat, les marchés et la réglementation. L’irrigation, la gestion des sols, la diversité des cultures et la sélection variétale façonneront la prochaine étape de l’agriculture suisse, à mesure que les records de chaleur se multiplient.

La Suisse se prépare à des saisons de culture plus chaudes

Le record de l’été 2026 impose à la Suisse de nouvelles difficultés concrètes à gérer. Une moyenne nationale de 17,2 °C, 50 nuits tropicales et un pic de 39,7 °C à Bâle-Binningen décrivent des conditions qui influent sur la vie quotidienne autant que sur la planification à long terme. Les communes doivent tenir compte de la chaleur dans les espaces publics, les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et les lieux de travail. Les agriculteurs doivent simultanément planifier les besoins en eau et faire face au stress des cultures.

La répartition régionale est importante. Le nord-ouest de la Suisse a connu l’écart le plus marqué par rapport à la moyenne à long terme, tandis que le mercure est monté à 35,1 °C à Scuol, à plus de 1300 mètres d’altitude. Les mesures d’adaptation devront tenir compte de la géographie locale plutôt que de s’appuyer sur une réponse nationale unique.

Les choix agricoles façonneront aussi l’approvisionnement alimentaire suisse. Certaines variétés familières devront peut-être être remplacées, tandis que de nouvelles cultures pourraient diversifier la production. Toutefois, le coût élevé des terres, la petite taille des exploitations et la concurrence des importations limitent la rapidité avec laquelle les producteurs peuvent changer de cap.

Le record de MétéoSuisse fournit un point de référence clair pour ces décisions : l’été a été le plus chaud depuis le début des mesures nationales en 1864. Les prochaines saisons de croissance permettront de vérifier quels investissements, quelles variétés et quelles méthodes agricoles peuvent fonctionner dans les conditions plus chaudes et plus sèches de la Suisse.