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Swiss Observer

La Suisse étudie un système européen de missiles face aux retards des Patriot américains

Après les reports à durée indéterminée de la livraison des systèmes de missiles Patriot américains, prioritaires pour l’Ukraine, la Suisse envisagerait une solution européenne. Cette démarche intervient alors que le conseiller fédéral Martin Pfister, chef du DDPS, répond aux critiques internationales concernant les dépenses militaires modestes de la Suisse.

La Suisse étudie un système européen de missiles face aux retards des Patriot américains
AISWI swissinfo.ch

Washington a laissé Berne dans l’incertitude. Dans une décision qui a provoqué une onde de choc au Palais fédéral, les États-Unis ont reporté à une date indéterminée la livraison à la Suisse de cinq batteries antimissiles Patriot essentielles. La priorité est désormais explicitement donnée à l’Ukraine, laissant l’espace aérien suisse vulnérable et les responsables de la planification de la défense dans l’expectative. Il ne s’agit pas d’un simple contretemps logistique, mais d’un ultimatum stratégique qui oblige la Suisse à se pencher sur la fragilité de sa dépendance à l’égard du matériel militaire américain.

Alors que la guerre en Ukraine exige un soutien urgent, la suspension à durée indéterminée d’un contrat signé ébranle la confiance dans les achats transatlantiques. Les responsables suisses ne se contentent plus d’attendre, ils cherchent activement d’autres solutions. Le retard a fait voler en éclats le calendrier envisagé, la livraison étant désormais repoussée au-delà de 2030. Alors que les tensions géopolitiques montent en Europe, la Suisse ne peut pas se permettre d’attendre un bouclier de protection qui pourrait ne jamais arriver. Dans les semaines à venir, le gouvernement devra clarifier une question cruciale : les États-Unis livreront-ils le système, et à quel prix pour la souveraineté suisse ?

Le virage européen : le SAMP/T offre une issue d’ici à 2029

2029 est le chiffre clé qui pourrait marquer un tournant historique dans la politique de défense suisse. Alors que Washington fait traîner les choses, une solution européenne avance avec une promesse concrète. Le consortium franco-italien à l’origine du système de défense sol-air moyenne portée, mieux connu sous le nom de SAMP/T, a fait une garantie audacieuse : si la commande est passée aujourd’hui, le bouclier sera opérationnel d’ici à 2029. Ce calendrier contraste nettement avec les échéances incertaines du système Patriot.

Ce possible changement de cap gagne rapidement du terrain sur le plan politique. « Le système Patriot n’arrivera pas en Suisse avant plusieurs années, voire peut-être jamais », a déclaré le député des Vert-e-s Clarence Chollet, signalant un rare rapprochement entre les impératifs de défense et les sympathies pro-européennes. Le SAMP/T est l’une des rares solutions crédibles capables de rivaliser avec les capacités du Patriot. Pour un pays fier de sa précision et de sa ponctualité, l’échéance ferme proposée par les Européens devient de plus en plus séduisante face à l’incertitude sans limite qui émane du Pentagone.

Un pari à 700 millions de francs : le coût d’un changement de cap

700 millions de francs sont déjà dépensés. C’est le montant considérable que la Suisse a versé aux États-Unis à titre d’acompte, une somme désormais, de fait, prise en otage par le gel des livraisons. Renoncer à l’accord américain n’est pas seulement un casse-tête stratégique, c’est aussi un terrain miné sur le plan financier. Le conseiller national de l’Union démocratique du centre Mauro Tuena a tiré la sonnette d’alarme, avertissant qu’un retrait du contrat pourrait entraîner de lourdes pénalités, à moins que Berne ne se montre ferme.

« Je peux imaginer que nous ne pourrons pas nous retirer de ce contrat sans payer de pénalité », a reconnu Tuena, évoquant une tactique de négociation à haut risque : compenser le remboursement avec le contrat existant pour les avions de combat F-35. Les enjeux économiques se compliquent encore en raison de la politique tarifaire erratique du président américain Donald Trump, qui ajoute une part d’instabilité à toute renégociation. La Suisse se trouve dans une situation précaire : elle pourrait être contrainte de choisir entre perdre près de trois quarts de milliard de francs ou attendre indéfiniment un système de défense qui donne la priorité à d’autres pays.

Pfister sur la défensive : justifier le budget d’une « mini-armée »

Moins de 1 %. C’est le chiffre que le conseiller fédéral Martin Pfister, chef du DDPS, a dû défendre alors qu’il faisait face aux critiques lors de la Conférence de Munich sur la sécurité. Alors que les États membres de l’OTAN s’engagent, au sens large, à consacrer environ 5 % à leurs investissements, les dépenses de défense de la Suisse restent une exception sur la scène internationale. Lors de sa première participation à ce sommet de haut niveau, Pfister s’est retrouvé dans la position inconfortable de devoir expliquer le budget de « mini-armée » de la Suisse à des interlocuteurs sceptiques venus d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie, des pays qui connaissent concrètement les réalités de la sécurité aux frontières.

Malgré les critiques, Pfister a tenté d’afficher son assurance en présentant des possibilités de coopération et d’exercices conjoints avec des partenaires européens. Mais l’image est difficile à défendre. Alors que le conseiller fédéral Beat Jans, chef du DFJP, évoque le partage de données transfrontalières pour lutter contre la criminalité organisée, le récit plus large à Munich présente une Suisse désireuse de coopérer en matière de sécurité, mais réticente à en payer le prix. Alors que l’accord sur les Patriot s’effrite, la pression sur Pfister, qui doit justifier ces dépenses modestes tout en cherchant d’autres solutions, n’a jamais été aussi forte.