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Le taux de logements vacants en Suisse passe sous 1%
Le taux de logements vacants en Suisse est passé sous la barre de 1% pour la première fois depuis 2013. Au 1er juin, moins de 45 500 logements étaient inoccupés. Le marché se resserre, ce qui accentue la pression sur les locataires et les inquiétudes concernant l’accessibilité financière et l’offre de logements.

La Suisse comptait 45 493 logements vacants au 1er juin 2026, soit un taux de logements vacants de 0,93%. Publié par l’Office fédéral de la statistique, ce chiffre marque la première fois depuis 2013 que le taux passe sous la barre de 1% et confirme que le marché du logement se resserre depuis six années consécutives.
La variation annuelle est faible en pourcentage, mais elle est importante pour les personnes qui cherchent un logement dans les marchés les plus tendus du pays. Le nombre de logements vacants a diminué de 2 962, soit 6,1%, par rapport à l’année précédente. Depuis 2021, le taux national de logements vacants a baissé de 0,79 point de pourcentage.
L’offre disponible est également concentrée sur le marché locatif. 34 690 logements étaient proposés à la location, tandis que 10 803 étaient disponibles à la vente. Les ménages confrontés au renouvellement de leur bail, à un déménagement ou à la hausse des coûts hypothécaires disposent ainsi de moins d’options.
La pénurie va au-delà du chiffre global. Le nombre de logements vacants a diminué quelle que soit leur taille, la baisse en pourcentage la plus marquée concernant les logements de deux pièces. Ces petits logements sont particulièrement importants pour les personnes seules, les étudiant·es et les personnes âgées qui doivent rester à proximité de leur emploi, des transports et des services. Les derniers chiffres placent clairement l’offre de logements parmi les principales pressions immédiates sur le coût de la vie en Suisse.
La pénurie touche les cantons de manière inégale
Quinze cantons affichent désormais un taux de logements vacants inférieur à 1%, révélant de fortes disparités d’accès au logement en Suisse. Zoug enregistre le taux le plus bas du pays, à 0,20%, suivi de Genève à 0,31% et d’Obwald à 0,38%. Le taux vaudois s’élève à 0,87%, faisant de Vaud le seul canton de Suisse romande, à l’exception de Genève, à passer sous le seuil national.
La pression est particulièrement forte dans les régions économiquement attractives et où l’espace est limité. Uri, Schwyz, Zurich, Nidwald, Lucerne, Glaris, les Grisons, Bâle-Campagne, Bâle-Ville et Schaffhouse affichent eux aussi des taux inférieurs à 1%.
Le Jura reste une exception, avec le taux de logements vacants le plus élevé, à 3,35%. Il est suivi par Soleure à 1,91%, puis par le Tessin à 1,78% et Neuchâtel à 1,64%. Un taux plus élevé ne signifie pas automatiquement que les logements sont abordables ou situés là où la demande est la plus forte, mais l’écart entre les régions montre à quel point la pression sur le logement est inégalement répartie.
Six des sept grandes régions de Suisse ont enregistré une baisse de leur taux de logements vacants. La Suisse orientale, le Nord-Ouest de la Suisse et le Tessin ont connu les reculs les plus marqués. Le Grand Zurich fait exception, avec une légère hausse à 0,52%, même si le marché y reste très tendu.
Les propriétaires institutionnels gagnent du terrain
En 2023, les investisseurs institutionnels possédaient environ 44% des logements locatifs en Suisse, contre près de 31% en 2000. Les caisses de pension, les assureurs et les sociétés immobilières ont accru leur part, tandis que les propriétaires privés et les bailleurs d’utilité publique ont perdu du terrain. Cette évolution s’est accompagnée d’une baisse durable du nombre de logements disponibles et d’une hausse des loyers.
Cette évolution de la propriété est importante, car les locataires vivent le marché du logement à travers leurs loyers mensuels, les conditions de bail et la concurrence pour chaque logement disponible. Dans les régions où le taux de logements vacants est proche de zéro, les ménages ont peu de marge de négociation et peuvent rester dans des logements inadaptés, car déménager entraînerait un loyer plus élevé ou une longue recherche.
Les chiffres nationaux montrent également que l’offre se resserre dans différentes catégories de biens immobiliers. Au 1er juin, 6 496 maisons individuelles étaient vacantes, tandis que 3 910 logements construits au cours des deux années précédentes n’étaient pas encore occupés. Le nombre de logements vacants a diminué aussi bien parmi les logements neufs que parmi les maisons individuelles, ce qui suggère que la pression ne se limite pas à un seul segment du marché.
Les loyers dépendent de l’emplacement, de la qualité, de la réglementation et du propriétaire. Le taux national de logements vacants ne peut donc pas expliquer chaque hausse de loyer. Il donne toutefois une mesure claire de la faible marge de manœuvre qui subsiste dans le système. Un ménage à la recherche d’un logement à Zoug, à Genève ou dans certaines parties de Zurich est confronté à un marché très différent de celui du Jura ou de Soleure.
Les locataires contestent le prix de l’offre nouvelle
L’Association suisse des locataires estime que les nouvelles constructions ne soulagent pas la pression qui pèse sur de nombreux ménages, car une grande partie de l’offre se situe dans le segment le plus cher du marché. Elle affirme que les logements meilleur marché disparaissent progressivement, alors même que les promoteurs ajoutent de nouvelles unités.
Cette critique porte sur la composition de l’offre, et pas seulement sur son volume. Un logement neuf peut accroître le parc immobilier national tout en restant hors de portée des familles, des personnes aux revenus modestes, des étudiant·es ou des retraité·es. L’emplacement compte également. Des constructions éloignées des principaux centres d’emploi peuvent peu soulager les personnes qui ne peuvent pas assumer des trajets plus longs ou des frais de transport plus élevés.
L’association a également accusé certains bailleurs d’exiger des loyers excessifs et d’enfreindre les limites légales applicables aux rendements. Ces accusations sont graves et dépendent des faits propres à chaque bien immobilier et à chaque bail. Elles mettent en évidence les tensions juridiques et politiques créées par un marché où les locataires ont peu d’alternatives.
Les données sur les logements vacants confortent les préoccupations de l’association. Le nombre de logements locatifs vacants a baissé de 6,7% en un an, contre un recul de 4,1% du nombre de logements disponibles à la vente. La baisse en pourcentage la plus forte a concerné les logements de deux pièces, une catégorie très recherchée par les petits ménages. Pour les locataires, le défi immédiat consiste à trouver un logement à la fois disponible et abordable, et non à simplement compter les projets de construction.
La Suisse face au prochain défi de l’offre
Avec un taux de logements vacants de 0,93%, la Suisse dispose de peu de réserves, alors que la population, l’emploi et la demande des ménages continuent d’évoluer. La prochaine étape du débat sur le logement portera sur les lieux de construction, les personnes qui pourront se le permettre et la rapidité avec laquelle les logements arriveront sur le marché.
Les responsables politiques sont confrontés à des réalités différentes selon les cantons. Zoug et Genève ont besoin de capacités supplémentaires sur des marchés où les logements disponibles sont particulièrement rares. Le Jura et Soleure disposent de davantage de logements vacants, mais ceux-ci ne correspondent pas forcément à la demande en matière d’emplacement, de taille, d’état ou de prix. Les moyennes nationales indiquent la tendance, mais ce sont les décisions locales en matière d’aménagement qui déterminent si les ménages trouveront une solution viable.
Ces chiffres donnent également du poids politique aux appels en faveur d’une accélération des constructions, d’un développement plus dense autour des transports publics et d’une protection renforcée des locataires. Chacune de ces mesures implique des compromis concernant l’utilisation du sol, les infrastructures, le caractère des quartiers et les finances publiques. L’Association suisse des locataires plaide pour une offre accessible aux budgets ordinaires, et pas seulement au segment haut de gamme.
Pour les locataires, les perspectives à court terme restent difficiles. Le nombre de logements locatifs vacants baisse plus rapidement que celui des logements en vente, et le taux national diminue chaque année depuis 2020. Tant que de nouveaux logements ne seront pas disponibles dans les lieux et les gammes de prix où la demande est la plus forte, la concurrence pour obtenir un bail restera vive dans une grande partie de la Suisse.