économie
La Banque nationale suisse procède à une baisse historique des taux d’intérêt
La banque centrale suisse annonce une baisse surprise des taux d’intérêt dans un contexte d’incertitude économique et de tensions politiques mondiales

La Banque nationale suisse (BNS) a provoqué un important séisme sur les marchés financiers en abaissant son taux directeur de 0,5 point de pourcentage, à 0,5 %. Cette mesure énergique constitue la quatrième baisse consécutive depuis mars et va à l’encontre des attentes de la plupart des économistes, qui tablaient sur un ajustement plus modeste. En doublant la réduction anticipée, la BNS envoie un message sans équivoque : elle donne la priorité à la stabilité économique.
Le président de la BNS, Martin Schlegel, entré en fonction en octobre, n’a pas tardé à imprimer sa marque. « Depuis lors, l’inflation a de nouveau reculé », a-t-il déclaré pour justifier cette décision audacieuse. Alors que le consensus prévoyait une baisse modeste de 0,25 point, la décision de la banque centrale d’aller plus loin témoigne d’une approche proactive face au ralentissement de l’économie. La croissance au troisième trimestre n’a été que « modérée » et, avec une prévision de seulement 1,0 % pour 2024, la BNS mobilise tous les leviers à sa disposition pour éviter la stagnation. Il ne s’agit pas simplement d’une baisse des taux, mais d’une décision calculée pour préserver la prospérité de la Suisse.
Les turbulences mondiales déclenchent une intervention
La Suisse n’agit pas dans le vide : elle renforce ses défenses face à une vague croissante de turbulences mondiales. La BNS a explicitement cité l’incertitude grandissante concernant les États-Unis et la fragilité du paysage politique européen parmi les principaux facteurs de cette décision historique. Donald Trump devant entrer en fonction en janvier et promettant d’imposer des droits de douane sur les importations, la menace d’une guerre commerciale se profile. Le vice-président de la BNS, Antoine Martin, a reconnu que les marchés n’avaient actuellement « pas d’idée très claire » des projets de la future administration américaine, une volatilité que la Suisse ne peut ignorer.
La situation est tout aussi précaire à proximité. L’incertitude politique s’est fortement accrue en Europe : l’Allemagne se prépare à des élections anticipées en février après l’effondrement de la coalition, tandis que la France est confrontée à la chute de son gouvernement. « Les tensions géopolitiques pourraient entraîner un ralentissement de l’activité économique mondiale », a averti la BNS dans son communiqué. En abaissant ses taux dès maintenant, la Suisse se dote de fait d’un bouclier monétaire et se prépare aux éventuelles ondes de choc de ses principaux partenaires commerciaux avant qu’elles ne l’atteignent.
L’inflation passe sous la barre de 1 %
Alors que la zone euro s’efforce de maîtriser les prix, la Suisse a fait reculer l’inflation avec une efficacité remarquable. Les prix à la consommation ont augmenté de seulement 0,7 % sur un an en novembre, un contraste marqué avec les 2,3 % enregistrés dans la zone euro. Les perspectives de la BNS sont encore plus frappantes : elle a abaissé sa prévision d’inflation pour 2025 à un niveau plancher de 0,3 %. Il ne s’agit pas seulement d’une stabilisation, mais d’une quasi-victoire sur la hausse des prix.
La banque centrale s’attend à ce que l’inflation ralentisse encore, les prix de l’électricité devant baisser en janvier, ce qui soulagera davantage les ménages suisses. Cette divergence par rapport à la Banque centrale européenne, confrontée à une inflation plus persistante, permet à la BNS de réduire fortement ses taux sans craindre une surchauffe de l’économie. Alors que les pays voisins peinent à faire face au coût de la vie, la Suisse entre dans une période de très faible inflation, ce qui donne aux responsables politiques le feu vert pour se concentrer entièrement sur la stimulation de la croissance.
Réaction des marchés et perspectives d’avenir
Les marchés ont réagi immédiatement à l’annonce surprise de la BNS, faisant reculer le franc suisse de 0,3 % face au dollar comme à l’euro. Pour les exportateurs suisses, cette dépréciation est bienvenue, car elle rend leurs produits plus compétitifs à l’étranger. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Adrian Prettejohn, économiste pour l’Europe chez Capital Economics, a relevé que si la décision avait surpris, la révision du communiqué de politique monétaire laisse entendre qu’il pourrait s’agir de la « dernière baisse des taux de ce cycle ».
Le scepticisme demeure toutefois. « Nous prévoyons toujours au moins une nouvelle baisse des taux l’an prochain », a rétorqué Prettejohn, estimant que les responsables politiques pourraient être contraints d’abaisser une nouvelle fois leurs prévisions. La croissance ne devant augmenter que légèrement, à 1,5 % l’an prochain, la BNS reste sous pression pour maintenir des conditions favorables. Alors que la Suisse évolue dans une économie mondiale modérément dynamique et au gré de courants géopolitiques imprévisibles, la capacité d’adaptation de la banque sera mise à l’épreuve. Pour l’heure, le message est clair : la BNS fera tout ce qui est nécessaire pour maintenir l’économie suisse sur la bonne voie.