faune sauvage
Des cantons suisses demandent des tirs massifs de meutes de loups
Six cantons demandent l’autorisation d’éliminer plus de 30 meutes de loups, trois régions réclamant l’élimination complète de certaines meutes face aux préoccupations croissantes concernant le bétail.

Six cantons suisses ont lancé une démarche coordonnée et offensive visant à réduire fortement la population de loups du pays, marquant un tournant dans la gestion de la faune alpine. Dans un geste qui témoigne d’un changement définitif, passant de l’observation passive à une régulation active, les cantons des Grisons, du Valais, de Vaud, du Tessin, de Schwyz et de Saint-Gall ont officiellement demandé aux autorités fédérales d’intervenir. Il ne s’agit pas d’un ajustement mineur, mais d’une vaste opération visant plus de 30 meutes de loups dans tout le pays.
L’urgence est palpable. Les autorités régionales ne sont plus disposées à accepter le statu quo et invoquent la nécessité cruciale de protéger le bétail et de préserver le fragile équilibre environnemental. En s’appuyant sur la loi révisée sur la chasse, ces cantons mobilisent tous les moyens légaux à leur disposition pour faire face directement à la recrudescence des prédateurs. La demande, soumise à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), témoigne de la position commune des régions de montagne suisses, qui réclament une intervention immédiate avant l’arrivée de l’hiver. L’ampleur de cette demande souligne la gravité de la situation sur le terrain, où la cohabitation entre les loups et l’agriculture a atteint un point de rupture.
Les meutes visées : éliminations complètes
Les détails de la proposition révèlent une stratégie sans concession : trois meutes entières sont destinées à être éliminées. Cette approche de tolérance zéro vise des groupes jugés trop problématiques pour être gérés par des mesures partielles. Le canton de Vaud a désigné une meute, tandis que le Valais, souvent au cœur du débat sur le loup, demande l’élimination complète de deux meutes. Il s’agit d’une nette intensification par rapport aux années précédentes, qui reflète un durcissement de la politique dans les régions où les attaques contre le bétail ont causé les dommages économiques et émotionnels les plus importants.
Pour les autres meutes, le plan est tout aussi rigoureux. La proposition demande l’autorisation d’abattre les deux tiers des jeunes loups nés en 2025. Cette réduction ciblée de la nouvelle génération vise à freiner la croissance de la population à la source et à prévenir l’expansion exponentielle des meutes, qui inquiète aussi bien les agriculteurs que les défenseurs de la nature. En ciblant les louveteaux nés en 2025, les cantons tentent de stabiliser la dynamique de la population, afin que le nombre de prédateurs ne dépasse pas la capacité d’accueil des pâturages alpins. La précision de ces demandes indique que les cantons n’agissent pas de manière impulsive, mais en se fondant sur des données calculées concernant la taille des meutes et les taux de reproduction.
Berne examine les demandes
Le sort de plus de 30 meutes de loups repose désormais entièrement entre les mains de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). À Berne, l’administration a commencé l’examen crucial des demandes, une procédure qui déterminera l’avenir immédiat de la politique suisse en matière de biodiversité. La décision de l’OFEV sera binaire : autoriser les tirs et donner le feu vert aux gardes-faune cantonaux, ou les refuser et s’exposer à la colère du lobby agricole. Il n’y a pas de voie médiane.
En vertu de la loi révisée sur la chasse, le cadre juridique permettant ces tirs préventifs est clairement établi, mais l’application de la loi reste un sujet de controverse. Les autorités fédérales doivent vérifier si les conditions requises pour prendre de telles mesures drastiques sont remplies, tout en conciliant la protection légale de l’espèce et les intérêts économiques des cantons. En cas d’autorisation, les tirs seront rapidement exécutés : la période permettant les tirs préventifs ne reste ouverte que jusqu’en janvier. Ce délai serré accentue la pression sur la procédure d’examen. Les cantons, chargés de la mise en œuvre, se tiennent prêts à déployer leurs chasseurs dès que le feu vert sera donné.
L’avenir de la cohabitation alpine
Cette demande massive de régulation létale force la Suisse moderne à se confronter à une réalité : l’idéal romantique d’une nature sauvage entre violemment en collision avec les nécessités pratiques de l’agriculture. L’ampleur de la demande, qui vise des dizaines de meutes, laisse entendre que les personnes vivant au plus près de la terre considèrent l’expérience d’une cohabitation sans régulation comme un échec. Les agriculteurs soutiennent depuis longtemps que le retour du loup menace la viabilité de l’agriculture alpine traditionnelle, et cette initiative coordonnée de six cantons donne une expression politique à leur mécontentement.
Alors que septembre 2025 avance, le pays suit la situation de près. Une décision autorisant ces tirs constituerait un précédent important et pourrait faire de la régulation à grande échelle une mesure courante de la politique environnementale suisse. À l’inverse, un refus pourrait déclencher une tempête politique entre les cantons ruraux et le centre fédéral. Quelle que soit la décision de l’OFEV, les relations entre le public suisse et les prédateurs qui font leur retour ont irrémédiablement changé. L’ère de la protection passive est révolue ; celle d’une gestion active et létale est à nos portes.