France
Une plateforme d’escorte basée en Suisse visée par une enquête française
Des procureurs français enquêtent sur une importante plateforme de petites annonces de services d’escorte, qui serait exploitée depuis la Suisse par un ressortissant suisse, après des inquiétudes selon lesquelles les annonces pourraient inclure des jeunes filles mineures.

Les procureurs français ont ouvert une enquête sur l’une des plus grandes plateformes de petites annonces de prostitution du pays, après des informations selon lesquelles les annonces incluraient des jeunes filles mineures. Le parquet de Paris examine le site autrefois connu sous le nom de « Sexemodel », récemment rebaptisé « Meslibertines ».
Radio France rapporte que la plateforme reçoit en moyenne 430 000 visites par jour et compte plus de 45 000 annonces actives. Les autorités françaises se sont inquiétées après que plusieurs centaines de pages auraient proposé les services de jeunes filles mineures. Le Haut-Commissariat à l’enfance a saisi les procureurs et demandé la fermeture du site.
Cette enquête met en lumière les liens avec la Suisse. La plateforme serait hébergée en Suisse et appartiendrait à un ressortissant suisse qui vit à Dubaï. Les autorités judiciaires françaises ont adressé à la Suisse une demande d’entraide judiciaire.
L’affaire soulève immédiatement des questions sur la manière dont les entreprises de publicité en ligne détectent les contenus illégaux, préservent les preuves et répondent aux demandes des autorités chargées de l’application de la loi. Elle place également sous le feu des projecteurs le rôle de la Suisse en tant que centre d’affaires et numérique, même si l’exploitation présumée et la plupart des activités annoncées concernent la France.
Une défense juridique sous pression
La plateforme affirme qu’elle se contente d’héberger des annonces, une position vivement critiquée par les responsables français de la lutte contre la traite des êtres humains. Selon les informations disponibles, ses conditions d’utilisation déclinent toute responsabilité pour les contacts ou rencontres résultant d’une annonce et indiquent que l’entreprise applique une politique de « tolérance zéro » envers les activités illégales.
Cette défense sera mise à l’épreuve par l’enquête. L’Office central français pour la répression de la traite des êtres humains estime que l’ampleur du site ne permet pas de considérer les annonces comme indépendantes de leurs conséquences. Cité par France Inter, le responsable de l’Office a dénoncé une « attitude extrêmement hypocrite ». Il a déclaré que l’entreprise sait que certaines annonces relèvent d’un comportement criminel, tandis que les enquêteurs français ne peuvent pas agir seuls, car l’infrastructure est liée à la Suisse.
La distinction entre une plateforme et un participant actif est au cœur de l’affaire. Les enquêteurs devraient examiner la procédure de validation des annonces, déterminer si des annonces suspectes ont été signalées, quels documents l’entreprise conserve et comment elle traite les plaintes. Ils pourraient aussi demander des informations sur les paiements, les titulaires de comptes et les personnes ayant publié les annonces.
Les éléments disponibles n’établissent pas de responsabilité pénale. Cette question sera tranchée par les procureurs et les tribunaux.
La Suisse détient la piste des preuves
Le système suisse d’entraide judiciaire se trouve désormais au cœur de l’enquête française. Les liens présumés avec un siège et des sociétés en Suisse compliquent une affaire impliquant un propriétaire d’entreprise qui résiderait à Dubaï et exercerait ses activités au sein d’un réseau international.
Selon France Inter, le propriétaire est un citoyen suisse de 47 ans qui a été condamné en France en 2011 à trois ans d’emprisonnement avec sursis pour proxénétisme aggravé. Les autorités françaises avaient précédemment émis un mandat d’arrêt international, mais les autorités suisses auraient refusé de l’exécuter. L’enquête en cours permettra de déterminer dans quelle mesure des preuves peuvent être obtenues par le biais d’une coopération formelle et si les autorités suisses trouvent des motifs d’ouvrir leur propre procédure.
Le propriétaire contrôlerait également d’autres plateformes similaires. Mediapart a écrit en 2025 qu’il avait bâti un empire de la prostitution en ligne sur deux décennies, en recourant à des intermédiaires et à des sociétés écrans enregistrées principalement en Suisse et à Chypre. Ces affirmations relèvent d’articles publiés précédemment et ne constituent pas des conclusions de la nouvelle enquête française.
Pour la Suisse, l’affaire met en évidence la portée concrète de l’entraide judiciaire. Les enquêteurs pourraient avoir besoin de documents sur les sociétés, de données sur les serveurs et les finances, ainsi que de communications détenues dans plusieurs juridictions. La rapidité et l’étendue de cette coopération pourraient déterminer si les procureurs parviennent à passer des soupçons aux inculpations.
La protection des enfants au cœur de l’affaire
Selon la presse française, l’entreprise concernée génère plus de 20 millions d’euros par an, tandis que les enfants vulnérables restent au cœur des accusations. De nombreuses personnes prostituées en France seraient abonnées à la plateforme, ce qui lui conférerait une portée exceptionnellement large sur le marché du sexe en ligne dans le pays.
Des ONG françaises estiment qu’au moins 20 000 enfants sont concernés par la prostitution. Elles affirment que ce nombre a été multiplié par vingt en dix ans. Le reportage décrit une méthode de recrutement selon laquelle des proxénètes ciblent des filles hébergées dans des foyers pour jeunes en difficulté et les déplacent régulièrement afin de rendre leur détection plus difficile.
Ces chiffres donnent le contexte général de l’intervention des procureurs. Une annonce en ligne peut sembler déconnectée de l’exploitation physique qui la sous-tend, mais elle peut aider les acheteurs à trouver des victimes, permettre aux exploiteurs de se déplacer rapidement d’une ville à l’autre et générer des revenus pour les exploitants qui la publient.
L’enquête devrait également examiner comment des mineures se retrouvent sur le site et si les adultes responsables des annonces ont utilisé de faux âges ou de fausses identités. La présence de plusieurs centaines de pages faisant prétendument la promotion de jeunes filles mineures ne permet pas, à elle seule, d’établir qui les a créées ou tenues à jour. Les procureurs devront identifier les annonceurs, retracer les paiements et déterminer ce que la plateforme savait, et à quel moment elle l’a su.
La suite dépendra de la coopération
La prochaine étape consistera à déterminer si les autorités françaises et suisses peuvent transformer une enquête transfrontalière en mesures concrètes et exécutoires. Le parquet de Paris a ouvert une enquête et la France a demandé l’entraide judiciaire à la Suisse. Cette demande pourrait porter sur les structures des sociétés, les flux financiers, les données techniques et les informations concernant les exploitants de la plateforme.
Les liens avec la Suisse donnent à l’enquête une dimension nationale. Une entreprise constituée ou hébergée en Suisse peut relever des procédures réglementaires et pénales suisses, même si ses clients, ses annonceurs et les victimes présumées se trouvent à l’étranger. L’affaire s’ajoute également à l’attention récemment portée aux réseaux de traite liés à la Suisse, notamment à une autre affaire datant de 2025 et portant sur une traite présumée de travailleuses du sexe chinoises.
Les enquêteurs devront établir ce que savait la plateforme, quel était le rôle des personnes qui la dirigeaient et quelles responsabilités incombaient aux sociétés ou aux intermédiaires. Ils devront également protéger les victimes potentielles tout en préservant des preuves numériques susceptibles d’être supprimées ou déplacées rapidement.
Aucune inculpation ni condamnation n’a été signalée dans l’enquête en cours. Les accusations portent sur une plateforme, ses propriétaires et le contenu de ses annonces. Les procureurs français et les autorités suisses vont maintenant déterminer si les preuves disponibles justifient la poursuite de procédures pénales.