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Swiss Observer

Des substances liées au caoutchouc détectées dans du lait cru suisse

Des chercheurs ont détecté des substances chimiques liées au caoutchouc dans du lait cru provenant d’exploitations suisses, dont certaines sont éloignées des grands axes routiers. Les résultats désignent le matériel de traite comme une source possible, même si les concentrations étaient généralement faibles et que les effets sur la santé restent incertains.

Des substances liées au caoutchouc détectées dans du lait cru suisse
AISWI swissinfo.ch

Sept des 17 échantillons de lait suisse contenaient au moins une substance ciblée liée au caoutchouc, selon une étude menée par des chercheurs de l’EPFL, d’Agroscope et de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. Les résultats attirent l’attention sur un élément inattendu de la filière laitière : le matériel qui achemine le lait de la vache au tank.

Les chercheurs ont prélevé du lait cru dans 17 exploitations à travers la Suisse et recherché quatre substances associées aux matériaux en caoutchouc. Au moins une substance a été détectée dans sept échantillons. Les concentrations étaient généralement faibles et les chercheurs n’ont pas établi si elles présentent un risque pour la santé des consommateurs.

Publiés dans Food Chemistry X et présentés par l’EPFL le 14 septembre 2026, les résultats ne désignent aucune source de contamination avérée. Ils montrent toutefois que les investigations en matière de sécurité alimentaire doivent porter sur l’ensemble du processus de production, y compris sur les éléments qui satisfont aux exigences légales actuelles relatives au contact avec les denrées alimentaires.

Pour les consommateurs suisses, l’enjeu immédiat réside dans l’incertitude. L’étude ne recommande pas d’éviter le lait et n’établit pas que les substances détectées sont nocives aux concentrations mesurées. Elle fournit aux chercheurs un point de départ pour déterminer comment ces composés se retrouvent dans le lait cru.

Le matériel de traite au cœur des investigations

Le matériel de traite est apparu comme une source possible après que les chercheurs ont identifié 14 substances chimiques dans des tuyaux, des joints et d’autres composants en caoutchouc. Ce matériel est conçu pour manipuler le lait et son contact avec les denrées alimentaires est légalement autorisé, ce qui rend le résultat important pour les producteurs laitiers et les autorités de régulation.

Les pièces en caoutchouc sont utilisées dans l’ensemble des systèmes de traite. Le lait circule dans des tuyaux et des raccords avant d’atteindre les cuves de stockage, ce qui crée plusieurs points où des composés peuvent migrer depuis des matériaux vieillissants ou usés. L’étude ne prouve pas que le matériel a transféré chacune des substances détectées dans le lait, mais leur présence commune indique une piste claire à examiner.

Le responsable de l’étude, Florian Breider, a qualifié le résultat de surprenant, car les matériaux sont conformes aux règles en vigueur sur le contact avec les denrées alimentaires. Ces règles encadrent les matériaux et les substances autorisés, mais l’étude suggère que les substances chimiques formées ou libérées lors de leur utilisation mériteraient une attention accrue.

Les chercheurs ont également détecté de la 6PPD-quinone, un composé formé lorsqu’un additif du caoutchouc appelé 6PPD s’oxyde avec le vieillissement du matériau. Cette substance est connue pour être nocive pour certaines espèces de poissons. Sa présence dans les matériaux des systèmes de traite ne permet pas d’établir un risque comparable pour les êtres humains, et l’étude n’a pas déterminé quelle quantité, le cas échéant, de ces composants avait migré dans le lait.

Les exploitations alpines aident à retracer les voies de contamination

Aucun des quatre composés recherchés n’a été détecté dans trois échantillons provenant d’exploitations alpines éloignées des routes très fréquentées. Ce résultat désigne l’exposition au trafic comme un facteur possible, tout en montrant que le tableau de la contamination ne peut pas être réduit à une seule source.

Les pneus et les revêtements routiers libèrent des particules de caoutchouc lorsque les véhicules circulent. Ces particules peuvent être transportées par l’air, les eaux de ruissellement ou les intrants agricoles avant d’atteindre les champs et d’entrer dans les chaînes alimentaires. L’étude cite une estimation de 6 millions de tonnes de particules de caoutchouc libérées chaque année dans le monde par l’abrasion des pneus et des revêtements routiers.

La proximité des routes pourrait expliquer les différences entre les exploitations, mais les échantillons alpins renforcent aussi l’intérêt d’examiner le matériel agricole. Si le trafic était la seule voie de contamination, les chercheurs s’attendraient à ce que les exploitations les plus isolées offrent une comparaison plus nette. L’étude laisse plutôt ouvertes plusieurs possibilités, dont le dépôt de particules sur le fourrage ou les pâturages, l’eau contaminée et le contact avec les composants en caoutchouc pendant la traite.

L’échantillon est trop restreint pour tirer des conclusions sur l’ensemble des exploitations laitières suisses. La géographie, les systèmes agricoles et les schémas de circulation varient fortement d’un canton à l’autre. Des prélèvements plus larges seront nécessaires pour distinguer les conditions régionales des effets propres au matériel.

Les scientifiques doivent encore évaluer les risques pour la santé

Les effets sur la santé restent inconnus, car les chercheurs n’ont pas encore établi d’évaluation du risque pour les substances détectées dans le lait. Les concentrations mesurées étaient généralement faibles, mais une détection à faible niveau ne répond pas aux questions liées à une exposition répétée, aux effets combinés ou au comportement des composés pendant la transformation.

L’étude a porté sur du lait cru, c’est-à-dire le lait prélevé directement dans les exploitations avant tout traitement industriel. Des travaux supplémentaires devront déterminer si les substances persistent au cours des procédés laitiers courants et si elles se retrouvent dans des produits comme le lait pasteurisé, le fromage ou le yogourt. Les résultats actuels ne permettent pas de répondre à ces questions.

La 6PPD-quinone retient l’attention des scientifiques en raison de sa toxicité pour certaines espèces de poissons, notamment lorsque la pollution liée aux pneus atteint les cours d’eau. La toxicité chez les poissons ne peut pas être directement transposée à une évaluation des risques pour la santé humaine. Avant de tirer des conclusions pour les consommateurs, les chercheurs doivent étudier la dose, la voie d’exposition et les effets biologiques chez l’être humain.

Les autorités suisses chargées de la sécurité alimentaire et les organisations laitières disposent désormais d’un programme de recherche défini. Celui-ci prévoit notamment de tester les matériaux utilisés dans le matériel, de comparer des composants neufs et vieillissants et de mesurer les substances chimiques dans le lait à différentes étapes de la production. Ces travaux pourraient également mettre en évidence des lacunes dans l’évaluation des matériaux destinés au contact alimentaire tout au long de leur durée d’utilisation.

La Suisse prévoit d’étendre les analyses à toute la filière laitière

Des analyses saisonnières et des études sur les voies de contamination sont prévues afin de déterminer quand et comment des substances liées au caoutchouc se retrouvent dans le lait suisse. Les chercheurs étudieront si les concentrations varient selon la météo, le trafic, l’utilisation des pâturages, l’âge du matériel ou les pratiques de gestion des exploitations.

Cette prochaine phase est importante tant pour les consommateurs que pour les agriculteurs. Si le matériel s’avère être une source majeure, les fabricants pourraient devoir développer des composés de caoutchouc plus stables, tandis que les exploitations pourraient recevoir des consignes plus claires en matière de remplacement et d’entretien. Si les dépôts environnementaux jouent un rôle plus important, la surveillance pourrait s’étendre au-delà de la salle de traite, au fourrage, aux sols, à l’eau et aux terrains en bordure de route.

L’étude soulève également une question réglementaire. Les matériaux peuvent être conformes aux règles sur le contact avec les denrées alimentaires lorsqu’ils sont fabriqués et testés dans des conditions définies, mais leur profil chimique peut évoluer avec le vieillissement et l’oxydation du caoutchouc. Les autorités de régulation auront besoin de données sur les conditions réelles d’utilisation avant de décider si les normes ou les méthodes d’essai doivent être révisées.

Pour l’heure, les éléments disponibles plaident en faveur d’une surveillance continue plutôt que d’un avertissement général au sujet du lait suisse. Les chercheurs ont détecté des substances dans 7 des 17 échantillons, à des concentrations généralement faibles, et n’ont pas établi qu’elles étaient nocives pour les consommateurs. Les études prévues permettront de déterminer s’il s’agit d’un signal isolé ou d’un problème plus répandu dans la production laitière.