aide humanitaire
Le secteur de l’aide mondiale en crise après les coupes de Trump dans le financement de l’USAID
Les organisations humanitaires suisses se préparent aux conséquences de la forte réduction des budgets américains consacrés à l’aide internationale

L’ordre humanitaire mondial s’effondre en temps réel. Une décision qui a provoqué une onde de choc de Washington à Genève: l’administration Trump a de fait démantelé l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Le 10 mars, le secrétaire d’État Marco Rubio a sonné le glas: 83 % des programmes de l’agence doivent être supprimés avec effet immédiat. Il ne s’agit pas d’une simple réduction, mais d’une destruction en règle.
Le président Donald Trump, qui a marqué son retour à la Maison-Blanche par des politiques isolationnistes agressives, a accusé l’agence d’être dirigée par des « fous de la gauche radicale » et d’être gangrenée par une « fraude colossale ». Aucune preuve n’a été fournie pour étayer ces accusations, mais la décision de l’exécutif a été rapide et brutale. La plupart des programmes ont été suspendus dans l’attente d’un examen, qui vient de s’achever par des annulations massives. Le secteur humanitaire, qui dépend depuis longtemps de la stabilité de l’influence américaine, n’a pas seulement vu le tapis se dérober sous ses pieds, il a été réduit en cendres. L’époque du développement mondial sous l’égide des États-Unis semble révolue, laissant derrière elle un vide chaotique qu’aucun autre pays n’est actuellement en mesure de combler.
Un vide de 40 milliards de dollars: l’effondrement financier
Les chiffres sont tout simplement catastrophiques. Les États-Unis ne sont pas un simple donateur: ils constituent le pilier financier de l’ensemble du système d’aide internationale et représentent près de 40 % de tous les financements humanitaires dans le monde. En 2023, l’USAID disposait à elle seule d’un budget d’environ 40 milliards de dollars et intervenait dans plus de 100 pays. Cette aide vitale a été supprimée.
Cette chute brutale des financements est sans précédent dans l’histoire récente. Les dépenses totales des États-Unis en matière d’aide, qui avoisinaient 70 milliards de dollars par an en incluant l’aide militaire, tombent à des niveaux historiquement bas. Le retrait de ces fonds provoque une crise de liquidités immédiate et existentielle pour les grandes ONG et les agences de l’ONU. Les autres donateurs traditionnels étant eux aussi soumis à des contraintes budgétaires, l’ampleur du retrait américain rend mathématiquement impossible, à court terme, pour l’Europe ou les économies émergentes de combler le manque. Le secteur est désormais confronté à une crise de solvabilité qui menace de mettre en faillite des infrastructures d’aide essentielles dans le monde entier.
Au cœur de la crise, de l’Éthiopie à Haïti
Pendant que les responsables politiques débattent des budgets dans des bureaux climatisés, les conséquences sur le terrain sont immédiates et meurtrières. La suspension des financements a déjà interrompu des opérations vitales dans certaines des régions les plus vulnérables du monde. En Éthiopie, les distributions de nourriture destinées aux communautés ravagées par la sécheresse et les conflits ont cessé. En Haïti, des programmes essentiels de santé maternelle et infantile ont été mis à l’arrêt.
Les travailleuses et travailleurs humanitaires sont désormais contraints de faire des choix impossibles et moralement éprouvants: décider qui recevra les dernières rations disponibles et qui devra se débrouiller seul. Il ne s’agit pas d’une prévision pour l’avenir, cela se passe maintenant. La perturbation de ces chaînes d’approvisionnement risque d’être irréversible à court terme, ce qui signifie que même si les financements étaient rétablis demain, les dégâts logistiques seraient déjà faits. Alors que les conflits se multiplient et que les urgences climatiques s’intensifient, la disparition du principal filet de sécurité mondial garantit une hausse de la mortalité évitable dans les pays du Sud.
À Genève, mobilisation pour survivre
La Genève internationale, centre opérationnel de l’action humanitaire mondiale, est en état d’alerte. Les organisations établies en Suisse et les agences de l’ONU, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), s’efforcent d’évaluer les conséquences de la perte de leur principal bailleur de fonds. Le démantèlement de l’USAID représente une menace existentielle pour l’écosystème de la coopération internationale que la Suisse accueille et fait vivre depuis des décennies.
Pour la Suisse, il s’agit de bien plus qu’un coup dur financier: c’est une crise diplomatique. La tradition suisse de neutralité et de bons offices humanitaires repose sur un système international qui fonctionne. Les États-Unis renonçant à leur rôle, la charge retombe lourdement sur les petits États et les acteurs privés, qui n’ont ni les uns ni les autres la capacité d’absorber le choc. Alors que la « capitale de la paix » est confrontée à cette nouvelle réalité, l’atmosphère à Genève est morose. Le secteur de l’aide internationale ne fait pas seulement face à une réduction budgétaire, mais à un effondrement structurel complet.