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Swiss Observer

Genève dépasse Zurich et devient le principal contributeur à la péréquation financière suisse

Pour la première fois dans l’histoire fiscale du pays, Genève devrait devenir en 2026 le principal contributeur net au système suisse de péréquation financière, avec un versement de 543 millions de francs pour soutenir les cantons financièrement plus faibles. Cette situation relance le débat sur la puissance économique du canton.

Genève dépasse Zurich et devient le principal contributeur à la péréquation financière suisse
AILe News

Dans un réalignement historique des forces économiques suisses, Genève a bousculé l’ordre établi. Pour la première fois dans l’histoire du système national de péréquation financière, le canton sera, à lui seul, le principal contributeur net en 2026, avec un montant faramineux de 543 millions de francs versé dans les caisses fédérales. Ce transfert massif permet au canton de dépasser les poids lourds traditionnels que sont Zurich et Zoug, mettant ainsi fin à l’époque où la Suisse alémanique finançait seule le pacte de solidarité de la Confédération.

L’époque où la Suisse romande était raillée comme les « Grecs de la Suisse » appartient officiellement au passé. Le récit a changé. Genève n’est plus seulement bénéficiaire de la stabilité fédérale, elle est désormais le principal moteur du mécanisme de redistribution qui permet aux cantons financièrement plus faibles de garder la tête hors de l’eau. Il ne s’agit pas d’un ajustement mineur, mais d’un bouleversement majeur des finances fédérales qui mérite d’être reconnu. Alors que les fonds partent des rives du Léman pour rejoindre le reste du pays, le canton affirme une nouvelle puissance économique que les autorités à Berne ne peuvent plus ignorer.

L’essor du négoce : une arme à double tranchant

Cette ascension financière repose sur un moteur particulier et volatile : le secteur du négoce de matières premières. La facture record de 543 millions de francs résulte directement de la forte hausse des recettes fiscales en 2022, une année marquée par des prix mondiaux très élevés et une activité de négoce intense. Genève, qui accueille des géants de la branche, en a récolté les fruits. Mais le système fiscal suisse est une machine qui se fait sentir avec un décalage. Les calculs pour 2026 se fondent sur les bénéfices de 2022, ce qui crée un dangereux effet de retard.

Alors que les caisses fiscales débordaient à l’époque, la vague s’est depuis retirée. Les recettes ont diminué, mais la facture de la fête n’arrive que maintenant. Ce décalage entre les bénéfices passés et les obligations actuelles crée un paysage financier périlleux. Le système ne tient pas compte de la fin de l’essor, il réclame sa part sur la base des données historiques. Genève paie en quelque sorte un « impôt sur le succès » sur des revenus réalisés il y a plusieurs années, et doit faire face à une importante sortie de fonds au moment même où les eaux économiques commencent à se calmer.

Fierté et inquiétude : le contrecoup budgétaire

Nathalie Fontanet, responsable des finances genevoises, se trouve au cœur de ce paradoxe. Elle reconnaît se sentir à la fois « fière et inquiète ». Cette fierté est justifiée : Genève est officiellement la puissance financière de la Confédération. Mais la fierté ne paie pas les factures. L’inquiétude vient de la dure réalité : ce transfert de 543 millions de francs laisse un trou béant dans son propre budget. L’argent doit être envoyé à Berne, quelle que soit la liquidité actuelle du canton.

Nathalie Fontanet ne cherche pas à enjoliver la situation. Elle affronte la crise de front et annonce que des coupes douloureuses dans les dépenses sont inévitables. Un programme d’économies rigoureux doit être présenté ce printemps. Le message adressé à la population genevoise est sans équivoque : occuper la première place de la solidarité nationale a un coût local. Le canton doit désormais se serrer la ceinture pour subventionner ses voisins, transformant ce qui devrait être un moment de triomphe économique en un exercice rigoureux d’austérité.

La réalité des chiffres par habitant

Avant de déboucher le champagne, un rappel à la réalité s’impose. Si Genève arrive en tête en volume total, elle n’a pas encore conquis la première place en matière de richesse individuelle. Par habitant, la hiérarchie des cantons les plus riches de Suisse reste tenace. Le transfert net genevois de 814 francs par personne fait pâle figure face aux poids lourds de Suisse centrale. Zoug reste incontestablement le champion des contributions par habitant, avec un versement impressionnant de 3 350 francs par personne, soit plus de quatre fois la moyenne genevoise.

Schwyz (1 567 francs), Bâle-Ville (1 123 francs) et Nidwald (1 110 francs) devancent aussi largement Genève dans le classement par habitant. La première place genevoise en volume absolu s’explique par la combinaison de sa taille et de sa richesse : des recettes « relativement élevées » réparties sur une population elle aussi relativement importante. C’est une victoire d’échelle, plutôt que d’intensité. Le canton contribue fortement parce qu’il est grand et solide, et non parce qu’il est le plus riche au mètre carré.

Acheter de l’influence ? La bataille pour l’écoute de Berne

Le fait de payer le plus donne-t-il aussi droit à la parole la plus forte ? Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste genevois, en doute. Selon lui, l’insulte des « Grecs de la Suisse » était déjà absurde à l’époque et l’est encore davantage aujourd’hui. Il doute toutefois que ce nouveau statut donne à Genève davantage de poids politique à Berne. Les tensions sont palpables. Les cantons bénéficiaires protestent déjà, affirmant que leurs industries, comme les composants horlogers jurassiens, contribuent au succès de Genève et laissant entendre qu’ils ne font que récupérer leur juste part de la chaîne de valeur.

Mauro Poggia, du Mouvement citoyens genevois, voit toutefois une ouverture. Il présente les dépenses de la Confédération pour la Genève internationale non comme de la charité, mais comme un investissement stratégique dans une vache à lait. Alors que la diplomatie multilatérale est mise à rude épreuve, Mauro Poggia avertit que la ville a plus que jamais besoin du soutien fédéral. L’Administration fédérale des finances prévoit que Genève restera le principal contributeur pendant au moins les quatre prochaines années. C’est la nouvelle norme. Genève paie la note, il est grand temps qu’elle commence à donner le ton.