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Swiss Observer

L’interdiction genevoise des symboles religieux devant les tribunaux

L’interdiction genevoise des symboles religieux ostensibles portés par les membres des parlements cantonal et communaux est contestée en justice. Ses détracteurs estiment que la modification constitutionnelle, approuvée de justesse par les électeurs, viole les droits fondamentaux.

L’interdiction genevoise des symboles religieux devant les tribunaux
AILe News

Quatre recours en justice placent désormais l’interdiction genevoise des symboles religieux devant les tribunaux. Approuvée par les électeurs en juin 2026, la modification interdit aux membres des parlements cantonal et communaux de porter des symboles religieux ostensibles dans l’exercice de leur mandat électif. Les foulards, les kippas et les croix sont concernés.

Le vote a réglé le statut constitutionnel de la modification à Genève, mais pas sa compatibilité avec le droit supérieur. Les recourants estiment que l’interdiction porte atteinte à la liberté de conscience, aux principes démocratiques et aux droits fondamentaux individuels. Le dernier recours a été déposé en septembre 2026 par deux particuliers, l’un musulman et l’autre chrétien. Des députés cantonaux des Verts, des chrétiens évangéliques et une élue locale protestante ont également contesté la mesure.

Le différend revêt une importance particulière à Genève, canton qui applique l’une des conceptions les plus strictes de la neutralité religieuse en Suisse. Les procédures judiciaires permettront de déterminer si le canton peut étendre aux élus siégeant dans des assemblées législatives les restrictions déjà imposées aux agents publics. Elles examineront également jusqu’où peut aller une modification constitutionnelle lorsqu’elle touche à la participation politique et à l’expression publique des convictions.

Pour les institutions politiques genevoises, l’affaire ne se limite plus à des slogans de campagne. Les tribunaux doivent désormais évaluer une mesure adoptée par une courte majorité populaire et à laquelle le gouvernement cantonal s’oppose.

Un vote serré alimente un débat plus vaste

La modification a été approuvée par 51,5 % des voix, laissant Genève divisée avec un écart inférieur à deux points de pourcentage. Le parlement cantonal avait voté en faveur de l’inscription de l’interdiction dans la Constitution, ce qui a entraîné une votation populaire, la proposition nécessitant une révision constitutionnelle.

Le résultat est allé à l’encontre de la position du gouvernement genevois. L’opposition venait principalement de la gauche politique, notamment de Carole-Anne Kast, membre socialiste de l’exécutif cantonal. Kast a critiqué le résultat et estimé que la modification était anticonstitutionnelle.

Les partisans ont fondé leur argumentation sur l’image et le fonctionnement du parlement. L’initiative était soutenue par l’Union démocratique du centre, les Libéraux, le Centre et le Mouvement Citoyens Genevois, parti populiste de droite. Selon eux, un parlement doit se présenter comme religieusement neutre et les symboles ostensibles peuvent influencer la perception de l’institution.

Le vote faisait suite à un long débat sur le statut des élus. En 2019, la Chambre constitutionnelle genevoise a estimé que les parlementaires représentaient la société dans sa diversité plutôt que l’État lui-même. Ce raisonnement plaçait les législateurs hors du champ des restrictions imposées aux membres du gouvernement et aux autres employés du secteur public. La modification constitutionnelle remet directement en cause cette distinction antérieure.

Le résultat serré donne aux tribunaux un contexte politiquement sensible à prendre en compte, même si la question juridique dépendra des droits constitutionnels et de la hiérarchie des normes applicables.

Genève étend ses règles de laïcité

Genève restreint déjà le port de symboles religieux dans une grande partie de son secteur public. Depuis 2019, les membres du gouvernement cantonal et des exécutifs communaux doivent s’abstenir d’afficher des symboles religieux dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Les fonctionnaires et les enseignants sont soumis à des restrictions similaires.

Les parlementaires n’étaient pas concernés par ces règles, la Chambre constitutionnelle ayant considéré que leur rôle était différent. Selon les juges, les législateurs élus représentent la population et n’incarnent pas l’État de la même manière qu’un membre de l’exécutif ou un fonctionnaire. La nouvelle modification étend l’interdiction aux assemblées cantonale et communales.

Ce changement a fait apparaître des interprétations divergentes de la laïcité, le modèle genevois de neutralité religieuse. Le canton maintient une séparation stricte entre l’Église et l’État depuis 1907. Les partisans de l’interdiction voient dans ce principe la garantie que les institutions politiques ne donneront pas l’impression de favoriser une religion plutôt qu’une autre. Ses opposants estiment que la neutralité peut restreindre la participation à la vie publique, en particulier lorsque la règle vise des formes visibles de pratique religieuse.

Selon les informations de la source, l’approche genevoise se rapproche davantage de celle de la France que de la pratique de la plupart des cantons suisses. Cette comparaison compte, car le recours ne porte pas seulement sur la tenue vestimentaire au parlement. Il concerne la manière dont le fédéralisme suisse tient compte de différents modèles de laïcité tout en préservant l’égalité des droits politiques.

Une mise en scène parlementaire aiguise le débat

Une passoire est devenue un accessoire inattendu dans le débat genevois sur la neutralité religieuse. L’année dernière, Céline Zuber-Roy, députée PLR, s’est présentée dans l’hémicycle avec une passoire associée au pastafarisme, un mouvement religieux satirique créé en 2005 par Bobby Henderson, diplômé américain en physique.

La démonstration faisait référence à la protestation de Henderson contre les tentatives d’enseigner le dessein intelligent aux côtés de l’évolution dans les écoles du Kansas. Son argument était que si une explication surnaturelle impossible à vérifier était reconnue, une autre devait bénéficier du même traitement. Depuis, les symboles pastafariens, dont la passoire, sont apparus dans les débats sur la liberté religieuse et les limites de la neutralité officielle.

Zuber-Roy a utilisé ce symbole pour soutenir que les manifestations religieuses ostensibles peuvent détourner l’attention du travail parlementaire et influer sur l’image de l’hémicycle. Son intervention a donné aux partisans d’une interdiction plus large un exemple marquant pour leur campagne. Elle a également illustré la difficulté du différend juridique. Une règle visant les symboles ostensibles doit s’appliquer à toutes les confessions et convictions, y compris aux formes d’expression religieuse que beaucoup jugent inhabituelles ou provocatrices.

La modification ne désigne aucune religion en particulier. Ses effets juridiques seront toutefois évalués à l’aune de pratiques concrètes, notamment le port du foulard islamique, de la kippa juive et de la croix chrétienne. Les recours en cours demandent si une règle générale peut rester proportionnée lorsque ses effets pratiques touchent certaines formes de pratique religieuse.

Les tribunaux pourraient faire jurisprudence en Suisse

Les tribunaux détermineront si l’interdiction constitutionnelle genevoise peut résister aux recours fondés sur les droits fondamentaux. La première procédure a été engagée en décembre 2025, avant la votation populaire, et la quatrième a été déposée en septembre 2026. Les recours réunissent des objections émanant de groupes politiques, de communautés religieuses et de particuliers.

Parmi les derniers recourants figurent un musulman et un chrétien. Leur participation souligne l’étendue des arguments avancés par les opposants, qui estiment que la modification touche à la liberté de conscience et non à une seule confession. Des députés des Verts, des chrétiens évangéliques et une élue locale protestante ont également contesté la disposition.

Les procédures pourraient préciser les limites constitutionnelles des règles genevoises sur la laïcité et le statut des élus au regard du droit suisse. Une décision pourrait influencer la manière dont les cantons distinguent les membres de l’exécutif, les employés du secteur public et les législateurs. Elle pourrait également orienter de futurs débats sur l’expression religieuse dans les assemblées et d’autres institutions publiques.

Le calendrier reste ouvert. Les informations de la source recensent les recours et leurs principaux arguments, mais ne font état d’aucune décision judiciaire et n’indiquent pas quand un jugement sera rendu. D’ici là, les électeurs genevois ont approuvé la restriction, tandis que les tribunaux doivent déterminer si cette décision est compatible avec les droits protégés par le droit supérieur. L’issue sera suivie bien au-delà du canton, en particulier dans le cadre du débat que la Suisse poursuit sur la religion dans la vie publique.

Le test genevois dépasse les frontières cantonales

L’affaire genevoise mettra à l’épreuve l’équilibre entre neutralité publique et représentation politique dans les institutions suisses. Le canton a adopté une forme de laïcité plus stricte que la plupart des autres cantons suisses, en limitant les symboles religieux dans certaines parties du secteur public, tout en appliquant jusqu’à la modification de cette année un régime différent aux parlementaires.

Cette distinction reflétait un principe démocratique : les législateurs sont des représentants élus qui reflètent la population, y compris sa diversité religieuse. La nouvelle règle adopte une autre conception, en donnant à l’assemblée une apparence de neutralité, même lorsque cela limite la manière dont certains représentants s’habillent ou affichent leurs convictions.

Les recours soumettent ces deux principes à l’examen des tribunaux. Les juges devront étudier le libellé et l’objectif de la modification, ses effets sur la liberté de conscience et le rôle des élus. Ils devront également situer les règles genevoises dans le cadre constitutionnel plus large de la Suisse.

L’issue pourrait régler le différend immédiat concernant les foulards, les kippas, les croix et autres symboles ostensibles dans les assemblées genevoises. Elle pourrait aussi fournir des orientations pour de futures mesures cantonales concernant la religion, les institutions politiques et le service public. Pour l’heure, le vote à 51,5 % reste le fondement démocratique de l’interdiction, tandis que quatre recours en justice laissent son statut juridique définitif en suspens.