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Swiss Observer

L’expansion de la restauration rapide suscite des préoccupations sanitaires en Suisse

La croissance rapide des chaînes de restauration rapide suscite un débat de santé publique, alors que McDonald’s et d’autres annoncent d’importants projets d’expansion

L’expansion de la restauration rapide suscite des préoccupations sanitaires en Suisse
AISWI swissinfo.ch

La Suisse assiste à une expansion sans précédent des chaînes de restauration rapide, plusieurs grands acteurs internationaux annonçant des projets de croissance ambitieux. McDonald’s, leader du marché, a révélé son intention de porter à 200 le nombre de ses restaurants à moyen terme. Cette expansion ne se limite pas aux chaînes américaines traditionnelles : les nouveaux venus Wendy’s et Taco Bell ont eux aussi identifié la Suisse comme un marché clé de leur stratégie de croissance internationale. Starbucks, sous la direction du Suisse Stefan Hungenberg, vise à ouvrir 90 établissements dans le pays. La Suisse compte actuellement environ 500 établissements de restauration rapide, sans compter les nombreux kebabs, restaurants de tacos et pizzerias indépendants. Cette expansion rapide marque une évolution importante dans le paysage culinaire traditionnellement conservateur de la Suisse.

Préoccupations croissantes en matière de santé et chiffres de l’obésité

La multiplication des établissements de restauration rapide suscite de vives préoccupations en matière de santé chez les professionnels de santé et les autorités de santé publique suisses. Selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), les chiffres sont alarmants : 15 % des enfants et 43 % des adultes en Suisse sont considérés comme en surpoids ou obèses. L’Observatoire suisse de la santé (Obsan) fait état de tendances encore plus préoccupantes chez les jeunes : le taux d’obésité atteint 16,4 % chez les adolescents de 15 à 19 ans et 28,1 % chez les jeunes adultes de 20 à 24 ans. Ces chiffres représentent une hausse importante par rapport à 2017, les deux groupes d’âge affichant une progression de deux à trois points de pourcentage. Des spécialistes, dont Jorge Correia des Hôpitaux universitaires de Genève, établissent un parallèle avec les États-Unis et relèvent le lien entre la densité des restaurants de restauration rapide et les taux d’obésité.

Ciblage des jeunes par le marketing et conséquences

Les stratégies de marketing agressives des chaînes de restauration rapide visant les jeunes consommateurs préoccupent particulièrement les professionnels de la santé. Ces méthodes comprennent des jouets promotionnels dans les menus pour enfants et des partenariats avec des influenceurs sur les réseaux sociaux afin de renforcer l’attrait des marques auprès des jeunes. Le Dr Jorge Correia, des Hôpitaux universitaires de Genève, souligne que ces stratégies ciblent spécifiquement les jeunes et pourraient contribuer à la hausse des taux d’obésité chez les jeunes en Suisse. Alors que certains pays, comme la France, ont mis en place des restrictions sur la publicité des produits de restauration rapide destinée aux enfants, la Suisse s’en remet actuellement à l’autorégulation volontaire du secteur. Cette approche soulève des questions quant à son efficacité pour protéger les jeunes consommateurs des techniques de marketing agressives.

Réponse des autorités et autorégulation du secteur

Le gouvernement suisse, par l’intermédiaire de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), s’est dit préoccupé par l’essor de la restauration rapide et ses conséquences sur la santé. Plutôt que d’instaurer une réglementation stricte, la Suisse a opté pour une approche concertée avec le secteur alimentaire, axée sur l’autorégulation volontaire. L’OSAV s’emploie à renforcer les compétences de la population en matière de nutrition et collabore avec les fabricants de denrées alimentaires pour réduire la teneur en sucre des produits. Des professionnels de la santé, dont le Dr Correia, plaident pour une approche plus globale, qui passerait notamment par une meilleure formation des médecins généralistes et des stratégies de prise en charge individualisées des patients. Cet équilibre entre coopération avec le secteur et mesures de santé publique reflète la préférence traditionnelle de la Suisse pour les solutions fondées sur le marché, tout en répondant aux préoccupations croissantes en matière de santé.