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Swiss Observer

Le prix des F-35 place l’acquisition suisse sous surveillance

Un rapport parlementaire indique que la Suisse n’a jamais obtenu l’accord à prix fixe promis pour l’achat de 36 avions de combat F-35A fabriqués aux États-Unis, d’un montant de 6 milliards de francs, ce qui suscite des appels à une plus grande responsabilisation et à une éventuelle commission d’enquête parlementaire.

Le prix des F-35 place l’acquisition suisse sous surveillance
AISWI swissinfo.ch

La promesse suisse d’acheter des avions de combat pour 6 milliards de francs repose sur un accord qui, selon le Parlement, n’a jamais été conclu. Ce constat relance l’examen de la plus importante acquisition d’armement récente du pays, un contrat portant sur 36 avions F-35A fabriqués aux États-Unis.

Dans un rapport publié le 8 septembre, la Commission de gestion du Conseil national (CdG-N) a indiqué qu’aucun prix forfaitaire fixe n’avait été convenu avec Washington. Le Département fédéral de la défense avait assuré à plusieurs reprises à la population que les avions seraient livrés pour 6 milliards de francs.

Cette révélation a suscité des critiques dans tout l’échiquier politique. Le député des Vert-e-s Clarence Chollet a déclaré à Keystone-ATS que les répercussions sur l’image de la Suisse étaient « catastrophiques ». Les partis de centre droit, majoritaires au Parlement, ne se sont pas montrés immédiatement favorables à une commission d’enquête parlementaire. Les Vert-e-s en réclament une.

La controverse intervient alors que la Suisse continue de préparer le programme F-35 et doit répondre à des questions sur des coûts supplémentaires. Pour la population, l’enjeu va au-delà des avions eux-mêmes: le Parlement examine la manière dont le gouvernement a présenté un engagement financier majeur et le degré de contrôle dont les parlementaires ont disposé pendant les négociations.

Le rapport révèle une lacune contractuelle

La principale défaillance relevée par le Parlement dans cette acquisition est d’ordre administratif: la Suisse s’est publiquement appuyée sur un prix fixe qui, selon la commission de surveillance, n’existait pas sous la forme requise. Les communications du Département de la défense et la gestion du contrat sont ainsi mises sous pression.

Le rapport de la CdG-N a examiné le processus qui a conduit à l’achat des nouveaux avions de combat. Sa conclusion remet en question l’assurance répétée du département selon laquelle les 36 avions F-35A seraient livrés pour 6 milliards de francs. Des informations publiées précédemment avaient déjà fait état de demandes américaines portant sur plusieurs centaines de millions de francs supplémentaires, maintenant le différend sur les coûts au cœur de la politique suisse.

Le rapport n’établit pas que des responsables ont commis un délit. Il soulève toutefois des questions concrètes: qui a négocié les conditions, qui les a vérifiées et comment les informations ont-elles été transmises au Parlement et à la population? Le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi, a demandé qui était responsable du dossier et si le cabinet d’avocats concerné était supervisé ou avait agi de manière indépendante.

Le Parti libéral-radical a appelé à rétablir la confiance entre le gouvernement et le Parlement. Cela nécessitera l’accès à des documents clairs, aux pièces contractuelles et à un compte rendu précis des décisions prises durant le processus d’acquisition.

Les partis s’opposent sur la prochaine enquête

La responsabilisation politique est au point mort, la majorité de centre droit s’opposant à une commission d’enquête parlementaire. Les Vert-e-s estiment que l’ampleur de la controverse justifie le recours au moyen d’investigation le plus puissant dont dispose le Parlement.

Une commission d’enquête pourrait examiner le calendrier de l’acquisition, le rôle du Département de la défense et des conseillers juridiques, ainsi que la communication du montant de 6 milliards de francs. Elle pourrait également établir si le Parlement a reçu des informations complètes et exactes lorsqu’il s’est penché sur l’achat des avions de combat.

Les Vert-e-s ont affirmé que l’affaire ne pouvait pas être imputée à une seule personne. Cette position est importante, car l’ancienne cheffe du Département de la défense Viola Amherd a supervisé l’achat alors qu’elle siégeait au Conseil fédéral. Originaire du Valais et membre du Centre, Viola Amherd a déclaré à Keystone-ATS qu’elle s’était déjà exprimée sur le sujet et qu’elle ne ferait pas d’autre commentaire sur les accusations contenues dans le rapport.

Le Centre et les autres forces de centre droit n’ont pas indiqué soutenir une enquête parlementaire. Aucun changement institutionnel n’étant attendu dans l’immédiat, le rapport de la CdG-N reste le principal compte rendu public des problèmes liés à l’acquisition. La controverse se poursuit donc sous la forme de pressions politiques, d’un contrôle par les commissions et de demandes de documents, plutôt que par une enquête formelle.

Les experts soulignent les obstacles à une action en justice

La voie juridique permettant d’engager une responsabilité personnelle semble étroite. Andreas Stöckli, professeur de droit constitutionnel et administratif à l’Université de Fribourg, a déclaré qu’il serait difficile d’évaluer, sur la base des informations disponibles, si le personnel de l’administration fédérale s’exposait à des risques juridiques.

Les responsables suisses ne pourraient être tenus financièrement responsables qu’à des conditions strictes, a-t-il indiqué. Les enquêteurs devraient prouver un comportement illicite et démontrer qu’il a été commis intentionnellement ou par négligence grave. Une procédure distincte serait ensuite nécessaire. Andreas Stöckli a ajouté que les cabinets d’avocats impliqués dans le processus F-35 ne devraient pas faire l’objet de procédures pour les mêmes motifs, à moins que le seuil juridique requis puisse être atteint.

L’ancienne conseillère fédérale Viola Amherd bénéficie également d’importantes protections constitutionnelles. Vincent Martenet, chargé de cours en droit constitutionnel à l’Université de Lausanne, a déclaré que les membres du Conseil fédéral jouissaient d’une immunité absolue pour les déclarations faites devant le Parlement.

Ces règles ne règlent pas le différend politique. Elles établissent la distinction entre un processus d’acquisition qui pourrait avoir été entaché de défaillances administratives et des actes susceptibles d’entraîner des sanctions juridiques. Le rapport parlementaire, tel que présenté par Swissinfo, soulève de sérieuses questions concernant la surveillance et l’information. À lui seul, il n’établit ni faute intentionnelle, ni négligence grave, ni motif de poursuites pénales.

La prochaine étape: établir les responsabilités

La conséquence immédiate est une pression politique accrue, tandis que le programme d’acquisition des avions de combat se poursuit. Aucun changement à l’acquisition n’est attendu à ce stade, et le rapport parlementaire n’a entraîné aucune annonce d’annulation, de renégociation ou d’ouverture d’une procédure pénale.

La Suisse est ainsi confrontée à une difficile épreuve de crédibilité. Le gouvernement doit expliquer comment le montant de 6 milliards de francs a été présenté, quelles garanties contractuelles existent réellement et comment seront traités les éventuels coûts supplémentaires. Le Parlement doit décider si les auditions en commission et les mécanismes de surveillance existants suffisent ou si les Vert-e-s ont raison de réclamer une commission d’enquête complète.

La controverse comporte également une dimension régionale et nationale. L’acquisition a été supervisée par Viola Amherd, ancienne cheffe du Département de la défense originaire du Valais, tandis que les avions doivent constituer un élément du futur dispositif de défense aérienne de la Suisse. Les contribuables de tout le pays sont invités à suivre un différend portant sur les prix américains, l’administration suisse et le contrôle parlementaire.

Pour l’instant, les prochaines étapes concernent les documents. Les parlementaires demanderont des explications au Département de la défense et aux personnes impliquées dans les négociations. Viola Amherd a refusé de faire d’autres commentaires. La crédibilité de l’achat dépendra de la capacité du gouvernement à fournir un compte rendu complet de l’engagement relatif au prix et des décisions qui l’ont sous-tendu.