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Swiss Observer

Les entrepreneurs accéderont plus rapidement aux indemnités de chômage

Les entrepreneurs suisses bénéficieront d’un accès plus rapide et plus simple aux indemnités de chômage, à la suite d’une décision du Parlement visant à mieux les assurer contre la perte de leur gagne-pain, en particulier dans des situations complexes comme une procédure de faillite en cours ou un divorce.

Les entrepreneurs accéderont plus rapidement aux indemnités de chômage
AISWI swissinfo.ch

Les entrepreneurs suisses sont enfin sur le point de bénéficier du filet de sécurité pour lequel ils ont cotisé, mais auquel ils ont rarement pu accéder. Mardi, dans une décision déterminante, le Conseil des États a supprimé les obstacles bureaucratiques qui rendaient depuis longtemps les propriétaires d’entreprises vulnérables, en votant par 27 voix contre 12 pour accélérer l’accès aux indemnités de chômage. Il s’agit d’un changement majeur de la politique sociale suisse, qui reconnaît que celles et ceux qui font tourner l’économie méritent d’être protégés lorsque les affaires se corsent.

Pendant des années, un nombre considérable d’associés, d’investisseurs et de conjoints travaillant dans des entreprises familiales ont été contraints de cotiser à l’assurance-chômage sans avoir de réelle possibilité de toucher des prestations. Le système exigeait qu’ils « renoncent » définitivement à leur fonction, une démarche presque impossible lorsque l’entreprise est en train de sombrer. Cette victoire parlementaire annonce une nouvelle ère, où le risque entrepreneurial ne condamne plus automatiquement à la ruine financière. Le message du Conseil des États est clair : le système doit aussi fonctionner pour les créateurs d’emplois, et pas seulement pour les salariés.

Sortir de l’impasse juridique

Jusqu’à présent, le droit suisse enfermait les entrepreneurs en difficulté dans une impasse dévastatrice. Pour pouvoir vivre, ils devaient demander des prestations ; pour y avoir droit, ils devaient se licencier définitivement. Or, la réalité est rarement aussi simple. Lors d’une procédure de faillite complexe ou d’une dissolution conflictuelle d’un mariage impliquant une entreprise familiale, il est impossible, sur le plan juridique et pratique, de se retirer. Ces propriétaires se retrouvaient dans une « zone grise » : officiellement employés, en pratique sans salaire et légalement privés de toute aide.

Cette nouvelle loi s’attaque directement à ces situations particulières cruciales. Elle reconnaît qu’un divorce ou une procédure de liquidation ne devrait pas priver une personne de son gagne-pain. En supprimant l’obligation de quitter immédiatement et définitivement sa fonction, l’État adapte enfin son dispositif de sécurité sociale à la réalité désordonnée et imprévisible des faillites d’entreprises modernes. Il s’agit d’une correction pragmatique d’un système rigide qui a longtemps pénalisé les personnes mêmes qui tentaient de préserver la valeur d’entreprises en difficulté.

Le nouvel accord : jusqu’à 80 % de couverture

Les chiffres liés à ce projet sont importants et offrent un véritable soutien. Selon le régime nouvellement adopté, le délai d’attente pour accéder aux indemnités tombe à seulement 20 jours. Cette rapidité est essentielle pour éviter une précarité financière personnelle dans les suites immédiates de la faillite d’une entreprise. Une fois les prestations versées, l’assurance couvrira 70 % du gain assuré.

Pour les entrepreneurs ayant une famille, les conditions sont encore plus favorables. Les personnes ayant des obligations d’entretien envers des enfants verront leur couverture atteindre 80 % du gain assuré. Cette différence est essentielle : elle garantit que les enfants des entrepreneurs ne deviennent pas des victimes collatérales de l’insolvabilité d’une entreprise. En fixant ces taux clairs et solides, le Conseil des États est passé des promesses vagues à une sécurité financière concrète. Ce relais de liquidités permet aux entrepreneurs qui ont échoué de stabiliser leur situation et, surtout, de préparer leur prochain projet sans tomber dans la misère.

Le Conseil des États défie l’opposition du gouvernement

Cette victoire n’a pas été accordée par le gouvernement : le Conseil des États l’a remportée contre la volonté de l’exécutif. Le Conseil fédéral s’est explicitement opposé au projet, invoquant les risques d’abus de la part de propriétaires d’entreprises qui pourraient détourner le système. Le Conseil des États a toutefois rejeté ces réserves, estimant que les garde-fous prévus dans le projet, modifié précisément pour réduire les risques, suffisent à protéger l’intégrité du fonds de sécurité sociale.

Par 27 voix contre 12, le Conseil des États a écarté les réticences du gouvernement et donné la priorité aux besoins immédiats des entrepreneurs plutôt qu’aux hésitations bureaucratiques. Le dossier retourne maintenant au Conseil national pour approbation définitive. Le Conseil fédéral reste prudent, mais la dynamique parlementaire est indéniable. La Suisse s’oriente vers un modèle qui reconnaît les contributions des propriétaires d’entreprises et veille à ce que le filet de sécurité protège toutes les personnes qui le financent, et pas uniquement celles qui ont un contrat de travail classique.