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Swiss Observer

L’essor des achats en ligne chinois : la moitié des Suisses achètent désormais auprès de détaillants asiatiques

Une étude révèle qu’en 2024, 52 % des consommateurs suisses ont effectué des achats auprès de détaillants en ligne chinois, Temu arrivant en tête avec 47 % de parts de marché.

L’essor des achats en ligne chinois : la moitié des Suisses achètent désormais auprès de détaillants asiatiques
AISWI swissinfo.ch

Pas moins de 52 % de la population suisse a franchi la frontière numérique pour acheter directement auprès de détaillants chinois. Il ne s’agit pas d’une tendance de niche, mais d’un changement fondamental des habitudes de consommation dans le pays. Les dernières données de Comparis montrent qu’en 2024, la majorité des consommateurs suisses ont délaissé les offres locales au profit des géants asiatiques. En tête de cette offensive, Temu s’est arrogé une part dominante de 47 % de ce segment de marché, distançant AliExpress (20 %) et Shein (16 %).

La rapidité de cette percée est sans précédent. Temu, nouvel acteur sur le marché, ne s’est pas contenté d’y faire son entrée, il l’a pratiquement conquis. La plateforme est omniprésente et a pénétré les ménages de tous les cantons. Cette envolée marque un tournant décisif pour l’économie suisse et montre que la fidélité des consommateurs se détourne rapidement de la proximité géographique au profit de la commodité numérique et des prix agressifs. Le message est clair : l’ère de l’isolement du commerce de détail suisse est révolue, et les vannes du commerce en ligne mondial sont grandes ouvertes.

Guerre des prix : un moteur alimenté par l’inflation

Dans cette révolution du commerce de détail, le prix est incontestablement roi. Pas moins de 71 % des personnes interrogées ont cité les petits prix comme principale motivation pour faire leurs achats sur des plateformes chinoises. Dans un pays confronté au coût élevé de la vie, les consommateurs suisses votent avec leur porte-monnaie. Seuls 12 % ont indiqué que la disponibilité des produits était le facteur décisif, preuve qu’il ne s’agit pas de chercher des articles uniques, mais de dénicher des bonnes affaires.

L’expert de Comparis Michael Kuhn le dit sans détour : « Temu, Shein et consorts attirent les clients avec des bonnes affaires, des rabais spéciaux et des produits gratuits. » Cette stratégie est redoutable et efficace. En transformant l’expérience d’achat en jeu et en proposant des prix nettement inférieurs à ceux des détaillants suisses, ces plateformes ont retourné l’inflation contre leurs concurrents locaux. Malgré les critiques visant ce modèle, le niveau de satisfaction reste étonnamment élevé : 72 % des acheteurs se disent « satisfaits » ou « très satisfaits ». Le préjugé de la « qualité bon marché » s’estompe, remplacé par le plaisir de faire une bonne affaire.

Le Röstigraben du commerce de détail

Les données révèlent un clivage culturel intéressant à travers la Suisse. Alors que les régions germanophones restent relativement réservées, avec une participation légèrement inférieure à 50 %, les régions latines adoptent avec enthousiasme le commerce en ligne chinois. Le Tessin arrive en tête du pays, avec un taux de recours de 69 %, suivi de près par la Suisse romande, à 58 %. Ce Röstigraben numérique montre que les attitudes culturelles face à la consommation mondialisée varient considérablement selon les frontières linguistiques.

Les données démographiques précisent encore ce tableau. La nécessité économique est un moteur de cette tendance : 60 % des personnes dont le revenu mensuel est inférieur à 4 000 CHF se tournent vers ces plateformes. À l’inverse, le taux de participation est inférieur à 50 % parmi les personnes gagnant plus de 8 000 CHF. L’écart entre les sexes est toutefois étonnamment faible, les femmes étant seulement légèrement plus nombreuses que les hommes. Ce phénomène échappe aux catégorisations simples : il s’enracine profondément dans les réalités financières de la classe ouvrière, tout en séduisant les personnes aisées par la commodité d’un clic.

Les géants suisses sous pression

La statistique la plus préoccupante pour les commerces locaux concerne la fréquence des commandes. À la question de savoir où elles avaient fait le plus souvent leurs achats au cours des 12 derniers mois, 18 % des personnes interrogées ont cité Temu, devant le champion suisse Digitec Galaxus (17 %) et le poids lourd européen Zalando (15 %). C’est une attaque directe contre les habitudes quotidiennes des consommateurs suisses. Les boutiques chinoises à bas prix ne sont plus des options marginales : elles deviennent le choix par défaut pour les achats fréquents et de faible valeur.

Le bastion du commerce de détail suisse n’est toutefois pas encore tombé. Kuhn relève une distinction essentielle : « La fréquence des commandes n’a rien à voir avec leur montant. » Les consommateurs se ruent sur Temu pour acheter des gadgets et des vêtements bon marché, mais les appareils électroniques de grande valeur et les produits de luxe restent le domaine des fournisseurs suisses de confiance. Les détaillants suisses doivent désormais faire face à un marché scindé : ils conservent le segment haut de gamme, mais perdent rapidement la bataille du volume des achats courants. Pour survivre, les plateformes suisses doivent miser sur la confiance et la qualité, car elles ne peuvent plus rivaliser uniquement sur les prix.