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Swiss Observer

Les géants chinois du commerce en ligne mettent le commerce de détail suisse sous pression

Une enquête montre que plus de 60 % des détaillants suisses s’inquiètent de la concurrence de plateformes comme Temu et Shein, le secteur non alimentaire de taille moyenne étant le plus touché.

Les géants chinois du commerce en ligne mettent le commerce de détail suisse sous pression
AISWI swissinfo.ch

Un chiffre saisissant : 70 % des détaillants suisses déclarent désormais ressentir un impact « fort » ou « très fort » des géants chinois du commerce en ligne Temu et Shein, signe d’un bouleversement majeur du marché intérieur. Le baromètre sectoriel 2025 de la Fédération suisse du commerce de détail a mis en lumière une réalité implacable : l’époque où l’on pouvait ignorer les plateformes asiatiques à bas prix est révolue. Ces géants numériques ne sont plus une simple nuisance marginale. Ils transforment activement les habitudes de consommation et grignotent des parts de marché aux acteurs locaux établis.

Le commerce de détail suisse a traditionnellement misé sur la qualité et le service, mais les stratégies tarifaires particulièrement agressives de ces plateformes séduisent les consommateurs. Plus de 60 % des directeurs interrogés jugent désormais l’essor de ces plateformes, aux côtés d’Amazon, « préoccupant » ou « très préoccupant ». À l’inverse, à peine 9 % des détaillants estiment que l’influence de ces géants technologiques est faible. Il ne s’agit pas d’une simple concurrence, mais d’un bouleversement de l’ordre établi dans le commerce de détail, qui contraint les entreprises suisses à affronter une guerre des prix sans précédent sur leur propre marché.

Le marché intermédiaire sous pression

Cette offensive numérique ne touche pas tous les acteurs de la même manière : c’est le secteur non alimentaire de taille moyenne qui subit actuellement le plus durement la pression. Ces entreprises, qui constituent souvent l’épine dorsale des rues commerçantes suisses, sont prises en étau entre la hausse des coûts d’exploitation et les prix dérisoires proposés par les concurrents étrangers. L’enquête identifie explicitement ce segment comme le plus vulnérable, face à des consommateurs toujours plus sensibles aux prix.

La pression sur les prix s’est imposée comme la principale préoccupation de la branche en 2025. Les marques de luxe peuvent miser sur l’exclusivité et les supermarchés sur les achats indispensables, mais le marché intermédiaire des vêtements, des articles pour la maison et de l’électronique fait face à une menace existentielle. Ces détaillants doivent justifier leurs marges dans un monde où un produit similaire peut être expédié depuis l’autre bout du globe pour une fraction du prix. Le constat est sans appel : pour le secteur non alimentaire suisse, la marge d’erreur a pratiquement disparu.

L’instabilité mondiale attise la pression

Au-delà de l’offensive directe du commerce en ligne, les détaillants suisses évoluent dans un champ de mines géopolitique. L’instabilité de la politique mondiale, marquée par la polarisation en Occident, l’évolution imprévisible des relations entre les États-Unis et la Chine ainsi que les conflits en cours en Ukraine et au Moyen-Orient, figure désormais parmi les cinq principales préoccupations de la branche. Cette instabilité crée un cocktail délétère d’incertitudes sur les chaînes d’approvisionnement et de confiance fluctuante des consommateurs.

En outre, les petites et moyennes entreprises (PME) tirent la sonnette d’alarme face à un front intérieur : la hausse incessante des contraintes réglementaires et le manque criant de personnel qualifié. La bataille se joue sur deux fronts. À l’extérieur, les détaillants doivent faire face aux perturbations mondiales et à l’agressivité de la concurrence étrangère. À l’intérieur, ils sont freinés par la bureaucratie et la lutte pour attirer les talents. La consommation atone et la faible croissance économique dans les pays voisins ne font qu’alourdir un fardeau déjà pesant.

Un optimisme tenace malgré la tempête

Pourtant, faisant preuve de la résilience qui les caractérise, les acteurs de la branche refusent de plier. Fait surprenant, les perspectives pour 2025 sont nettement plus positives que l’année précédente. Pas moins de 79 % des entreprises interrogées pensent que leurs ventes resteront stables, une amélioration marquée par rapport à l’année précédente, où plus d’une entreprise sur trois prévoyait un recul. Il ne s’agit pas d’un espoir aveugle, mais d’une stratégie réfléchie de survie et d’adaptation.

Les détaillants prévoient une hausse modeste des prix de 1,2 % en 2025, nettement inférieure aux 2,1 % estimés précédemment, ce qui témoigne d’une volonté de rester compétitifs malgré la pression sur les marges. Seuls 4 % s’attendent à des résultats financiers supérieurs à la moyenne, mais le sentiment dominant est celui de la stabilité plutôt que de l’effondrement. Les détaillants suisses sont éprouvés, certes, mais ils tiennent bon et parient que la qualité, la fiabilité et la présence locale leur permettront de traverser la tempête des importations à bas prix.