Commerce
Le Parlement suisse approuve l’accord commercial avec le Mercosur après un compromis agricole
Le Parlement a approuvé l’accord de libre-échange entre la Suisse et le Mercosur, ainsi que 517 millions de CHF de soutien à l’agriculture sur six ans. L’accord devrait faire l’objet d’une contestation populaire.

Le 16 septembre 2026, l’accord a été approuvé par 118 voix, rapprochant l’accord de libre-échange entre la Suisse et l’AELE et le Mercosur de sa ratification. Le Conseil national a soutenu l’accord par 118 voix contre 66, avec 10 abstentions, après son approbation par le Conseil des États. Le Parti socialiste et les Vert-e-s se sont opposés à l’accord, rejoints par plusieurs membres de l’Union démocratique du centre.
Le vote franchit le principal obstacle parlementaire, mais ne mettra peut-être pas un terme au processus. L’Alliance contre la déforestation des forêts tropicales a annoncé un référendum juste après la décision. Le groupe estime que l’accord ne prévoit pas de garanties efficaces contre la destruction des forêts tropicales et le travail forcé, et qu’il pourrait encourager des pratiques de production et de commerce préjudiciables.
Le pacte lie la Suisse et ses partenaires de l’AELE à l’Argentine, au Brésil, à l’Uruguay et au Paraguay. Fondé en 1991, le Mercosur est une union douanière et représente un marché de consommation d’environ 280 millions de personnes. Pour les exportateurs suisses, l’accord promet un meilleur accès au marché et une baisse des droits de douane. Pour les agriculteurs, il laisse entrevoir une concurrence accrue des produits agricoles importés. Le compromis parlementaire entend gérer cette pression au moyen d’un important soutien financier.
Les agriculteurs obtiennent un soutien de 517 millions de CHF
La Suisse consacrera 517 millions de CHF à l’agriculture sur six ans dans le cadre du compromis qui a contribué à faire approuver l’accord commercial. Ce soutien supplémentaire répond à l’opposition des agriculteurs au pacte avec le Mercosur et aux contingents d’importation agricoles prévus.
Le paquet est devenu le prix politique à payer pour faire avancer l’accord au Parlement. Le Parti socialiste a tenté en vain d’obtenir une procédure de consultation sur le financement supplémentaire. Une motion minoritaire commune du Parti socialiste, des Vert-e-s et des Vert’libéraux visant à réduire le montant a également échoué.
L’accord accorde aux pays du Mercosur 25 contingents bilatéraux d’importation portant sur des produits agricoles tels que la viande et le vin. La plupart de ces contingents sont limités, et la Suisse peut les gérer de manière autonome. Les partisans du compromis estiment que les mesures financières donnent aux producteurs le temps et les moyens de s’adapter aux nouvelles conditions de concurrence. Ses opposants affirment que le Parlement utilise l’argent public pour indemniser un secteur qui ne soutient pas la politique commerciale adoptée.
Le financement viendra s’ajouter au débat politique déjà en cours sur les revenus agricoles, la sécurité alimentaire et les coûts de production en Suisse. Le Parlement a approuvé le cadre général, mais la campagne référendaire devrait porter le compromis agricole au cœur du débat national avant l’entrée en vigueur de l’accord.
Les exportateurs visent 155 millions de CHF d’économies annuelles
Environ 98 % des exportations suisses devraient bénéficier de réductions tarifaires dans le cadre de l’accord. Le gouvernement estime que les entreprises suisses pourraient économiser quelque 155 millions de CHF par an en droits de douane une fois l’accord mis en œuvre.
Les gains commerciaux concerneraient les échanges avec quatre économies sud-américaines. Les entreprises suisses bénéficieraient d’un meilleur accès à l’Argentine, au Brésil, à l’Uruguay et au Paraguay, tandis que les exportateurs du Mercosur obtiendraient un accès défini au marché suisse. Les contingents agricoles prévus par l’accord visent à limiter les volumes de certaines importations, et les autorités suisses conserveraient la possibilité de les gérer de manière indépendante.
L’accord a été signé à Rio de Janeiro un an avant son approbation par le Parlement. Il entrera en vigueur après le dépôt auprès de la Norvège, État dépositaire de l’accord, des instruments de ratification du premier pays de l’AELE et du premier pays du Mercosur. Les autres pays participants pourront y adhérer ultérieurement.
Pour la Suisse, le calendrier s’inscrit dans un effort plus large visant à conclure des accords commerciaux au-delà de l’Europe. Les industries exportatrices devraient profiter de la réduction des obstacles, en particulier là où les droits de douane renchérissent actuellement les coûts. Les gains dépendront de la ratification, de la mise en œuvre et de la capacité des entreprises suisses à tirer concrètement parti des nouvelles préférences tarifaires.
Le Parlement se dispute sur les fonds destinés à protéger l’Amazonie
Un dernier désaccord sur le financement de l’Amazonie oppose encore les deux chambres. Le Conseil des États souhaite que la Suisse s’engage à fournir une aide au moins comparable à celle qu’elle apporte actuellement à la région dans le cadre de sa coopération internationale. Le Conseil national a soutenu un montant supplémentaire de 25 millions de CHF, rejetant une proposition du Parti socialiste, des Vert-e-s et des Vert’libéraux visant à accorder 50 millions de CHF.
Le Conseil des États doit examiner le désaccord jeudi. Tant que les chambres ne l’auront pas résolu, l’accord ne sera pas entièrement réglé sur le plan parlementaire, même si elles ont toutes deux approuvé l’accord commercial et le compromis agricole.
Le financement de la protection des forêts tropicales est devenu un enjeu central pour les critiques du pacte. L’Alliance contre la déforestation des forêts tropicales affirme que l’accord prévoit des mesures insuffisantes contre la déforestation et le travail forcé. Son annonce de référendum signifie que les électeurs pourraient finalement décider si la Suisse ratifie l’accord.
Le désaccord met également à l’épreuve la manière dont le Parlement articule politique commerciale et responsabilité environnementale. Le montant final destiné aux projets en Amazonie façonnera le message politique autour de l’accord, mais ne déterminera pas à lui seul l’issue du référendum. Les militants devront recueillir le nombre de signatures requis et convaincre les électeurs que les avantages commerciaux ne l’emportent pas sur les risques environnementaux et sociaux qu’ils dénoncent.
Les électeurs pourraient rendre le verdict final
L’annonce du référendum fait passer l’accord avec le Mercosur du Parlement au système de démocratie directe suisse. Le vote du Conseil national a fixé la position du gouvernement dans les négociations, mais la population pourrait désormais décider si l’accord peut aller de l’avant. La campagne fera s’affronter des préoccupations divergentes concernant l’accès aux marchés d’exportation, la protection de l’agriculture, la déforestation et les normes du travail.
Si l’accord franchit l’étape du référendum, il devra encore suivre la procédure de ratification prévue par le pacte. Il entrera en vigueur une fois que le premier État de l’AELE et le premier État du Mercosur auront déposé leurs instruments de ratification auprès de la Norvège. La Suisse et les autres États participants pourront ensuite y adhérer selon les dispositions de l’accord.
Le compromis agricole fera l’objet d’un examen attentif. Son coût de 517 millions de CHF vise à amortir le choc pour les producteurs suisses, tandis que les dispositions commerciales promettent des droits de douane plus bas pour les exportateurs et de nouvelles modalités d’importation pour les produits alimentaires. Le gouvernement devra expliquer comment ces objectifs s’articulent et comment le financement sera versé sur six ans.
La prochaine étape immédiate est la décision du Conseil des États sur l’enveloppe destinée à l’Amazonie. Ensuite, la campagne référendaire définira le débat public. Les électeurs suisses mettront en balance les économies commerciales escomptées et les préoccupations exprimées par les agriculteurs, les organisations environnementales et les défenseurs des droits des travailleurs.