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UBS avertit qu’une crise prolongée à Ormuz pourrait faire grimper le pétrole à 200 USD
L’économiste d’UBS Alessandro Bee avertit qu’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz pourrait faire grimper le prix du pétrole jusqu’à 200 USD le baril et déclencher une récession mondiale, avec des conséquences pour l’économie suisse.

Le pétrole pourrait atteindre 200 USD le baril, soit environ 162 CHF, si le détroit d’Ormuz reste fermé pendant plusieurs trimestres. L’économiste d’UBS Alessandro Bee a lancé cet avertissement à Keystone-SDA, alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran continue de perturber l’approvisionnement énergétique par cette voie maritime stratégique.
Le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman et au vaste réseau mondial de transport maritime. Avant le conflit, environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitait par le détroit. Une fermeture prolongée retirerait une grande quantité d’offre des marchés internationaux et obligerait les pays importateurs à se disputer des réserves en diminution.
Le scénario de base d’Alessandro Bee est moins alarmant. Il s’attend à une reprise progressive du marché au cours des prochains trimestres, avec un prix du pétrole compris entre 80 et 100 USD le baril et une volatilité persistante. La fourchette supérieure, entre 150 et 200 USD, correspond à une fermeture assez longue pour épuiser les réserves et provoquer une panique sur les marchés.
Pour la Suisse, les risques se répercuteraient sur les coûts des carburants, des transports, du chauffage et de l’électricité. Le pays importe la majeure partie de l’énergie qu’il consomme, ce qui expose les ménages et les entreprises aux prix mondiaux, même en l’absence de pénuries physiques aux frontières suisses. Swissinfo a publié l’analyse d’Alessandro Bee le 11 septembre 2026, en citant l’agence de presse Keystone-SDA.
Pourquoi la durée pourrait transformer un choc d’offre en récession
La différence entre un pétrole à 100 et à 200 USD dépend de la durée de la crise, des réserves et de la confiance. Alessandro Bee a déclaré qu’une perturbation de courte durée pourrait être absorbée pendant que les producteurs, les négociants et les gouvernements réorganisent les livraisons. Une fermeture pendant plusieurs trimestres créerait une situation différente, les stocks d’urgence s’épuisant progressivement et les acheteurs payant une prime pour chaque cargaison disponible.
Les conséquences ne se limiteraient pas au prix de l’essence. Le pétrole entre dans les coûts du transport routier de marchandises, de l’aviation, de la chimie, de l’industrie manufacturière et de l’agriculture. La hausse des frais de transport et de production peut se répercuter sur les chaînes d’approvisionnement avant d’atteindre les consommateurs à la pompe. Les entreprises confrontées à une demande en baisse et à la hausse des coûts de leurs intrants pourraient retarder leurs investissements ou réduire leurs embauches.
Alessandro Bee a présenté cette fourchette de prix comme un scénario de risque, et non comme les prévisions centrales d’UBS. La banque s’attend à une reprise progressive des marchés pétroliers, avec des prix compris entre 80 et 100 USD le baril. Il a indiqué que le marché pourrait paniquer si les réserves venaient à s’épuiser lors d’une fermeture prolongée, ce qui pousserait les prix à 150 à 200 USD.
Le choc compliquerait également la politique des banques centrales. Une inflation persistante de l’énergie pourrait maintenir les prix à la consommation à un niveau élevé, tandis que les risques de récession affaibliraient l’activité économique. Les investisseurs ont déjà fait monter les rendements obligataires, a déclaré Alessandro Bee, en partie en raison de l’inflation et des anticipations de hausses des taux d’intérêt. Il a ajouté que certains investisseurs pourraient aussi s’interroger sur la viabilité de la dette publique.
La Suisse évalue le coût de l’énergie avant l’hiver
La Suisse a évité les pénuries de carburant, mais la hausse des prix de l’énergie pèse déjà sur les perspectives pour l’hiver. Un article connexe de Swissinfo publié le 26 août 2026 indiquait que les inquiétudes concernant l’approvisionnement en gaz pour l’hiver s’étaient accrues six mois après le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran.
Les ménages suisses ressentiraient les effets d’un choc énergétique prolongé sur les prix de l’essence, du diesel, du chauffage et des marchandises transportées par la route. Les entreprises dont les activités sont énergivores seraient confrontées à des coûts plus élevés et pourraient les répercuter, réduire leur production ou reporter leur développement. L’impact varierait selon les secteurs et les cantons, les régions industrielles et les entreprises de transport étant particulièrement exposées aux prix des carburants et de l’électricité.
Le système énergétique suisse offre une certaine protection grâce à la production hydroélectrique, à la diversification des sources d’électricité et aux dispositifs de stockage. Ces amortisseurs ne peuvent toutefois pas isoler complètement le pays des marchés mondiaux du pétrole et du gaz. La Suisse est intégrée aux réseaux énergétiques européens et dépend du commerce international pour une grande partie de ses carburants.
Le défi immédiat pour les autorités serait de concilier accessibilité financière, sécurité de l’approvisionnement et maîtrise de l’inflation. Toute aide aux ménages ou aux entreprises devrait également être évaluée à l’aune des pressions exercées sur les finances publiques. Alessandro Bee a déclaré que les marchés obligataires connaissaient déjà une période difficile, les rendements plus élevés reflétant les craintes liées à l’inflation, les hausses de taux possibles et les interrogations sur la viabilité de la dette.
UBS entrevoit une reprise, mais plusieurs menaces se profilent
UBS estime toujours que la Suisse peut se redresser, malgré les risques liés à l’énergie. Alessandro Bee a évoqué les indices des directeurs d’achat, qui sont restés majoritairement au-dessus du seuil de croissance de 50 points depuis mars. L’indice PMI des services s’est également nettement amélioré, ce qui soutient une économie fortement tributaire des services, de la finance, du commerce et de l’industrie manufacturière à forte valeur ajoutée.
L’emploi constitue un autre signe encourageant. Alessandro Bee a dit être rassuré par l’évolution de l’emploi après le ralentissement de l’an dernier. Un marché du travail résilient pourrait aider les ménages à absorber la hausse des coûts, même si une augmentation durable des factures de carburant et de chauffage réduirait leur revenu disponible.
Selon l’analyse d’UBS, la situation extérieure s’est aussi améliorée. Les indicateurs économiques de la zone euro, notamment ceux de l’Allemagne, ont progressé ces derniers mois. Alessandro Bee a également mentionné des signaux positifs aux États-Unis. Une demande plus forte chez les principaux partenaires commerciaux de la Suisse soutiendrait les exportateurs si la crise énergétique reste contenue.
Les perspectives comportent d’autres risques. Alessandro Bee a cité l’imprévisibilité de la politique économique du président américain Donald Trump, notamment les récentes tensions avec le Canada. Il a également évoqué l’intelligence artificielle comme une source potentielle de fragilité si les gains de productivité attendus ne se concrétisent pas, ce qui pourrait entraîner d’importantes réductions des investissements. Ces risques pourraient aggraver un choc pétrolier en affaiblissant la confiance et les investissements au moment même où les coûts augmentent.
La Suisse surveille l’évolution de la crise à Ormuz
Pour la Suisse, la variable déterminante est de savoir si les perturbations à Ormuz resteront temporaires ou se transformeront en une longue crise de l’approvisionnement. Dans le scénario de base d’UBS, les marchés s’adaptent progressivement et le prix du pétrole reste compris entre 80 et 100 USD le baril. Cette évolution continuerait à peser sur les automobilistes, les entreprises de transport et les sociétés énergivores, mais laisserait à l’économie suisse une marge pour poursuivre sa reprise.
Une fermeture durant plusieurs trimestres constituerait une épreuve bien plus sérieuse. Un prix compris entre 150 et 200 USD le baril augmenterait le coût du transport des personnes et des marchandises en Europe, accentuerait l’inflation et pèserait sur les budgets des ménages. Une récession mondiale affaiblirait les exportations et le tourisme suisses, tout en accentuant la pression sur le budget fédéral et les systèmes de sécurité sociale.
Les entreprises suisses suivront de près leurs achats d’énergie, l’évolution des taux de change, la demande européenne et les taux d’intérêt. Les ménages ressentiront les effets le plus directement à travers les coûts de la mobilité et du chauffage. À mesure que le conflit évoluera, les autorités publiques auront besoin d’informations fiables sur les réserves, les voies d’approvisionnement et la demande hivernale.
Les prévisions d’Alessandro Bee restent conditionnelles. UBS s’attend à une reprise, mais la mise en garde de la banque fixe une limite claire au risque : plus le système énergétique mondial restera privé d’accès au détroit d’Ormuz, plus un conflit régional pourra rapidement se transformer en choc économique mondial.