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Swiss Observer

Le tribunal zurichois bloque le projet d’aide financière de la ville aux personnes sans statut légal

Une tentative de la ville de Zurich visant à fournir une aide financière aux personnes sans statut légal a été stoppée par le Tribunal administratif de Zurich, qui a estimé que le projet contrevenait à des lois fédérales et cantonales de rang supérieur.

Le tribunal zurichois bloque le projet d’aide financière de la ville aux personnes sans statut légal
AISWI swissinfo.ch

La tentative audacieuse de Zurich de réécrire les règles de l’aide sociale s’est heurtée à un mur. Le Tribunal administratif de Zurich a officiellement mis à terre le projet de la ville visant à accorder une aide financière de base aux personnes sans statut légal, infligeant un sévère désaveu aux autorités locales. Cette décision n’est pas un simple contretemps procédural : elle rejette clairement tout excès de compétence de la part des communes. Le tribunal a jugé sans ambiguïté que le dispositif d’« aide transitoire » de la ville enfreint le droit de rang supérieur. Alors que les autorités zurichoises invoquaient la nécessité d’un filet de sécurité sociale pour toute la population résidente, la justice a privilégié l’intégrité de la politique migratoire fédérale. Cet affrontement met en évidence le fossé grandissant entre les objectifs progressistes des villes et le cadre rigide du droit national suisse. La décision gèle de fait un projet conçu pour offrir une bouée de sauvetage à la population la plus vulnérable et invisible de la ville, les personnes sans papiers.

La hiérarchie des normes brise les ambitions communales

Le droit fédéral et cantonal prime, ne laissant aucune marge de manœuvre à Zurich en matière d’aide sociale. Dans sa décision rendue lundi, le Tribunal administratif s’est montré catégorique : les communes n’ont tout simplement pas la compétence nécessaire pour fournir ce type d’aide à la subsistance. Plus important encore, le tribunal a estimé que le dispositif contourne délibérément les obligations légales de signalement. En vertu du droit suisse, les autorités sont souvent tenues d’aviser les services de migration lorsque des personnes sans statut légal entrent en contact avec des services de l’État. Le projet de Zurich visait à créer une « séparation étanche » entre l’aide sociale et l’expulsion, une démarche jugée illégale par le tribunal. En tentant de contourner ces canaux de signalement, la ville a été accusée de saper les contrôles migratoires que le Conseil fédéral est actuellement en train de renforcer. Cette friction juridique souligne une tension majeure : une ville peut-elle protéger ses habitantes et habitants si l’État considère leur présence même comme illégale ? Le tribunal répond par la négative.

Une politique paralysée à répétition

Deux échecs, et peut-être un troisième : Zurich doit désormais faire face à un deuxième échec consécutif de son programme d’aide aux personnes migrantes. Cette dernière déconvenue fait suite à une première tentative désastreuse, au plus fort de la pandémie de Covid-19. À l’époque, les ambitions de la ville avaient été contrariées non seulement par le droit, mais aussi par une grave erreur administrative : les autorités avaient manqué le délai pour déposer un recours après que le tribunal de district eut bloqué le projet. Cet historique d’échecs laisse penser que le conseil municipal est constamment en décalage avec la réalité judiciaire suisse. Zurich reste certes un bastion des politiques progressistes, mais son incapacité à s’y retrouver dans le paysage juridique plonge ses habitantes et habitants les plus vulnérables dans une incertitude permanente. Chaque tentative infructueuse coûte du temps, du capital politique et des ressources publiques. La ville persiste pourtant à chercher une solution locale à une crise migratoire nationale et internationale.

Suprématie fédérale contre compassion locale

La bataille autour de l’orientation de la politique migratoire suisse se déplace au plus haut niveau. Zurich doit maintenant faire un choix crucial : accepter sa défaite ou porter l’affaire devant le Tribunal fédéral. Cette décision intervient à un moment où la migration fait l’objet d’une attention sans précédent, alors que la Suisse observe le durcissement de la position de l’UE sur les centres d’expulsion et les contrôles aux frontières. Si Zurich fait recours, la décision qui en résultera pourrait faire jurisprudence dans tout le pays, soit en confirmant le contrôle fédéral sur l’aide sociale, soit en ouvrant une marge de manœuvre aux villes « sanctuaires ». Les enjeux sont considérables. Dans les prochains mois, d’autres villes suisses, comme Genève et Lausanne, suivront la situation de près, alors qu’elles font face à des pressions démographiques similaires. Pour l’heure, les personnes sans papiers restent dans l’ombre, prises entre une ville qui veut les aider et un système juridique qui l’interdit. La prochaine décision du conseil municipal de Zurich dira s’il s’agit d’une impasse ou du début d’un affrontement constitutionnel historique.