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Swiss Observer

Les États-Unis et l’Iran reprennent à Genève leurs pourparlers nucléaires indirects, facilités par Oman

Un deuxième cycle de pourparlers indirects entre les États-Unis et l’Iran au sujet du programme nucléaire de Téhéran a débuté à Genève. Oman facilite le dialogue, salué par le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis comme un effort constructif en faveur de la désescalade.

Les États-Unis et l’Iran reprennent à Genève leurs pourparlers nucléaires indirects, facilités par Oman
AISWI swissinfo.ch

Genève s’est une nouvelle fois transformée en épicentre mondial d’une géopolitique à haut risque. Mardi matin, une flotte de véhicules diplomatiques a convergé vers l’enclave exclusive de Cologny, marquant le début d’un deuxième cycle décisif de pourparlers indirects entre les États-Unis et l’Iran. La tension est palpable tandis que les délégations disparaissent derrière les grilles de la résidence de l’ambassadeur d’Oman, choisie comme forteresse pour ce siège diplomatique. Il ne s’agit pas d’une simple visite de courtoisie, mais d’un effort désespéré et mené à vive allure pour éloigner le Moyen-Orient du précipice.

Alors que le cadre paisible du lac Léman contraste fortement avec la volatilité du sujet, les enjeux sont considérables. Après une interruption de quelques semaines seulement, la reprise des pourparlers témoigne d’une volonté urgente de trouver une solution. Le silence derrière les portes closes de la résidence omanaise est assourdissant, tandis que le monde attend de voir si Genève pourra une nouvelle fois servir de berceau à une percée ou devenir le théâtre d’un échec diplomatique définitif.

L’ultimatum de Washington

Washington ne demande pas, il exige. La délégation américaine, menée par deux poids lourds, Jared Kushner et Steve Witkoff, est arrivée en Suisse avec un mandat clair du président Donald Trump : démanteler la menace ou en subir les conséquences. Lundi soir, quelques heures seulement avant le début des pourparlers, le président Trump a fait monter la pression à son paroxysme, avertissant sans détour les autorités iraniennes qu’elles s’exposeraient à de graves conséquences si aucun accord n’était conclu.

L’objectif des États-Unis est précis et sans compromis. Kushner et Witkoff cherchent à obtenir des engagements concrets concernant les stocks d’uranium enrichi de l’Iran. Les exigences vont au-delà d’un simple confinement : Israël et les États-Unis demandent le transfert de ces matières fissiles vers un pays tiers et le démantèlement complet des infrastructures capables d’en produire. C’est la diplomatie de la pression maximale en action, la délégation américaine brandissant la menace d’une escalade pour forcer la main à Téhéran avant même que l’ordre du jour ne soit arrêté.

Le pont omanais

Si la scène est suisse, c’est Oman qui dirige la pièce. Dans une démonstration remarquable d’architecture diplomatique, Mascate s’est imposée comme le pont indispensable au-dessus du fossé qui sépare Washington et Téhéran. Le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis a salué publiquement cette dynamique, louant le « rôle constructif » de son homologue omanais, Badr al-Busaidi, après leur rencontre à Genève lundi soir.

Fidèle à sa longue tradition de neutralité, la Suisse continue de représenter les intérêts américains en Iran dans le cadre de son mandat de puissance protectrice. Pour cette opération diplomatique à haut risque, c’est toutefois la mission omanaise qui pilote le dialogue indirect. La Suisse reste le pays hôte et veille au bon déroulement de la rencontre. Cassis a affirmé que le gouvernement suisse « soutient tous les efforts visant à désamorcer la situation ». Cette diplomatie à deux niveaux met en lumière le rôle singulier de Genève : la neutralité suisse fournit le terrain, tandis que la médiation omanaise donne l’impulsion.

Le pari nucléaire de Téhéran

Téhéran joue à un dangereux jeu de provocation, en cherchant à préserver son économie sans renoncer à ses ambitions nucléaires. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dirige une délégation en quête d’un répit face à l’étau paralysant des sanctions américaines. Pour l’Iran, l’équation est simple mais périlleuse : échanger des concessions nucléaires contre une bouffée d’oxygène économique. Araghchi devrait exposer la position de Téhéran plus tard cet après-midi dans un discours important devant la Conférence du désarmement à Genève.

Le temps presse. Avant le rendez-vous principal, Araghchi a eu des discussions techniques avec Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, signe de la complexité des obstacles techniques à surmonter. La stratégie iranienne repose sur un arrangement rapide, un « donnant-donnant » qui permettrait de lever le blocus financier. Mais les États-Unis exigeant le retrait physique de l’uranium enrichi, Araghchi doit relever l’immense défi de satisfaire les exigences américaines en matière de sécurité sans donner l’impression de capituler totalement sur la scène internationale.