Société
Une conférence en Suisse examine les risques associés à la manosphère
Une conférence nationale à Berne examine les risques associés à la « manosphère », après qu’une étude a révélé qu’un homme sur cinq parmi les personnes interrogées en Suisse adhérait à une forme de masculinité fondée sur la domination. L’étude a également mis en évidence des scores particulièrement élevés chez les jeunes hommes.

Un homme sur cinq parmi les personnes interrogées en Suisse adhérait à un modèle de masculinité fondé sur la domination, selon une étude qui a donné lieu à une conférence nationale sur les risques associés à la manosphère. Des spécialistes et des représentant·es de tout le pays se sont réunis à Berne le lundi 2 novembre afin de parvenir à une compréhension commune des violences et de la radicalisation centrées sur les hommes.
L’étude, publiée en juin par l’Université de Zurich et l’association mencare/männer.ch, a mesuré ce qu’elle appelle le « facteur M ». Cette mesure porte sur des conceptions restrictives de la masculinité et des relations de genre. Sept pour cent des femmes interrogées adhéraient également à ce concept.
Le conseiller fédéral en charge de la justice et de la police, Beat Jans, a ouvert la conférence aux côtés de parlementaires zurichois et de Nathalie Fontanet, membre du gouvernement genevois. Des professionnel·les, des spécialistes et des représentant·es de la Confédération, des cantons et des communes se sont réunis pour échanger leurs expériences. Leur tâche consiste à mieux comprendre comment ces attitudes se développent et à coordonner les réponses à l’échelle de la Suisse.
Suivre les scores les plus élevés chez les jeunes hommes
Les jeunes hommes ont obtenu les scores les plus élevés de l’étude. Près d’un homme sur trois âgé de 18 à 24 ans appartenait au groupe affichant les scores les plus élevés au facteur M. La moitié des hommes de cette tranche d’âge ont dit être préoccupés par la marginalisation croissante des « vrais hommes » dans la société.
L’étude associe la notion de domination à des affirmations de supériorité masculine, à une propension à la violence, à la misogynie, au mépris des minorités sexuelles et au rejet de l’égalité. Ces attitudes expliquent pourquoi la conférence s’intéresse aux risques de violence et de radicalisation centrées sur les hommes, ainsi qu’à la prévention.
Gilles Crettenand, responsable de mencare/männer.ch en Suisse romande, a déclaré que les jeunes pouvaient être particulièrement touchés lorsqu’ils construisent leur identité. « Une personne jeune en train de construire son identité sera touchée, déstabilisée et influencée par cette vision du monde », a-t-il dit à Keystone-ATS. Ces résultats mettent en évidence un défi pour les personnes qui travaillent avec les jeunes, notamment le personnel éducatif et les professionnel·les de la santé et du domaine social, que la conférence entend notamment mettre en réseau.
Relier prévention, écoles et sécurité
Les autorités et les professionnel·les en Suisse cherchent à coordonner leur réponse dans les domaines de la prévention, de la promotion de la santé et de la sécurité. La conférence de Berne visait à établir une base de connaissances commune et à diffuser des informations sur l’ampleur et les dynamiques des violences et de la radicalisation centrées sur les hommes.
Les participant·es issus des autorités, des cantons et des communes ont été invité·es à mettre leurs compétences en commun. Crettenand a souligné que faire évoluer les normes de genre exigeait d’agir simultanément sur plusieurs fronts. « Faire évoluer les normes sociales de genre implique de nombreux facteurs. Nous devons agir simultanément à tous les niveaux », a-t-il déclaré.
Il a cité la prévention et la promotion de la santé, notamment dans les écoles, ainsi que les interventions en matière de sécurité menées avec la police. « Ces domaines sont complémentaires, nous devons donc créer des liens et développer un réseau de compétences », a-t-il ajouté. Cette approche place la coopération entre institutions au centre de l’action, la conférence réunissant des personnes dont le travail touche à l’éducation, à la sécurité publique et aux services de soutien. Selon Crettenand, la collaboration à l’échelle nationale est essentielle pour construire ce réseau.
Outiller les écoles et les familles pour prévenir les abus
La formation et la prévention en milieu scolaire se mettent déjà en place dans plusieurs régions de Suisse. Le Centre de compétences sur les hommes et les masculinités organise des cours destinés aux professionnel·les de la santé, du domaine social, de l’éducation et de la sécurité. Le canton de Zurich a été particulièrement actif, tandis que Genève et d’autres cantons romands commencent à financer des programmes, notamment dans le canton de Vaud.
Crettenand a déclaré que les parents, les enseignant·es et les élèves de tous les genres avaient besoin d’outils pour évaluer l’information et développer des compétences psychosociales et relationnelles. Il a indiqué que les interventions auprès des jeunes dans les écoles étaient de plus en plus fréquentes et a estimé que ces actions devaient toucher le plus grand nombre possible de cantons pour être efficaces.
La conférence met l’accent sur le partage d’expériences et la mise en réseau des compétences existantes au-delà des frontières cantonales. Les écoles sont ainsi associées aux services de santé et aux services sociaux, sans perdre de vue la coopération avec la police. Pour les professionnel·les en Suisse qui travaillent avec les jeunes, la prochaine étape évoquée par Crettenand consiste à étendre les actions en milieu scolaire et à renforcer les liens entre les personnes engagées dans la prévention et la sécurité.