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Swiss Observer

Les parlementaires suisses mettent le ministre de la Défense sur la sellette après le fiasco de l’accord sur les F-35

Des parlementaires suisses ont interrogé le conseiller fédéral chargé de la défense, Martin Pfister, sur de graves lacunes dans les négociations visant à acquérir des avions de combat F-35, notamment l’absence de prix fixe et de possibles conflits d’intérêts impliquant des consultants.

Les parlementaires suisses mettent le ministre de la Défense sur la sellette après le fiasco de l’accord sur les F-35
AISWI swissinfo.ch

Dix-neuf questions parlementaires ont soumis le conseiller fédéral chargé de la défense, Martin Pfister, à une pression soutenue le 21 septembre, deux semaines après que des auditeurs ont mis au jour de graves lacunes dans les négociations menées par la Suisse pour l’achat d’avions de combat F-35. Les parlementaires ont voulu savoir qui avait autorisé la poursuite du processus d’acquisition sans prix fixe et si quelqu’un risquait des conséquences pénales.

Pfister s’est à plusieurs reprises abstenu de donner une réponse définitive. « Le Conseil fédéral exposera sa position en temps utile », a-t-il déclaré, en référence à la réponse que le gouvernement prévoit de donner en décembre. Son audition a laissé le Parlement dans l’attente d’un compte rendu officiel sur la gestion des négociations et sur les raisons pour lesquelles les assurances données auparavant se sont révélées inexactes.

Le différend va au-delà des détails techniques d’un contrat d’avions de combat. Le gouvernement suisse avait auparavant indiqué que l’achat avait été conclu à prix fixe. Le rapport du 8 septembre a remis cette affirmation en question, concluant qu’aucun accord de ce type n’avait été conclu avec les États-Unis. Les déclarations antérieures avaient été faites par l’ancienne cheffe du DDPS, Viola Amherd, et armasuisse, l’office fédéral chargé des acquisitions.

L’écart entre les assurances données publiquement et les conclusions des auditeurs a fait de l’accord sur les F-35 un test de la responsabilité du gouvernement. Le Parlement attend désormais du Conseil fédéral qu’il identifie les défaillances, clarifie les responsabilités et explique quelles garanties encadreront le reste du contrat.

L’absence de prix fixe alourdit les coûts

L’absence de prix fixe est au cœur de la controverse. La Suisse s’est engagée dans le processus d’acquisition des F-35 en comptant bénéficier d’une certitude financière claire pour un engagement majeur en matière de défense. Le rapport des auditeurs a conclu que les négociations avec Washington n’avaient pas abouti à l’accord à prix fixe décrit auparavant par les responsables.

Les conséquences se reflètent déjà dans la taille de la commande. Le gouvernement prévoyait initialement d’acheter 36 avions, mais a depuis réduit la commande à 30, après que les États-Unis ont exigé des prix plus élevés. Cette réduction ne supprime pas l’obligation fondamentale d’expliquer comment le contrat en est arrivé là, d’autant que la Suisse avait présenté publiquement l’accord comme étant réglé sur le plan financier.

Le gouvernement demande 394 millions de CHF pour couvrir les coûts supplémentaires. À la fin juin, la Suisse avait déjà payé près de 2 milliards de dollars pour les avions. Le budget global réservé au programme s’élève à 6,4 milliards de CHF.

Pfister a déclaré aux parlementaires que les coûts d’exploitation restaient « dans les limites prévues » par le budget. Cette assurance concerne le fonctionnement futur de la flotte, tandis que la préoccupation immédiate du Parlement porte sur le dossier d’acquisition. Les parlementaires examinent les négociations sur les prix, les informations communiquées au public et les décisions qui ont abouti à une flotte réduite pour un coût plus élevé.

Les parlementaires examinent le rôle des consultants

Le rôle des conseillers externes ouvre un deuxième front. Armasuisse a mandaté le cabinet d’avocats et de conseil Homburger pour l’aider dans les négociations contractuelles. Le rapport des auditeurs a mis en évidence un conflit d’intérêts lié au processus de fixation du prix, ce qui a incité les parlementaires à se demander si l’arrangement était conforme au droit.

Pfister a défendu le recours à une expertise externe, qu’il a présenté comme une pratique habituelle. « Faire appel à un cabinet de conseil externe est une pratique courante », a-t-il déclaré. Il a également renvoyé à la conclusion juridique du rapport, affirmant que celui-ci n’avait relevé « ni comportement illicite ni perte financière au sens du droit de la responsabilité ».

Cette défense n’a pas clos le débat au Parlement. Les questions portent sur la possibilité que les conseillers aient eu des intérêts susceptibles d’influencer le processus d’acquisition, sur la qualité de la divulgation de ces intérêts et sur les personnes de l’administration fédérale qui ont approuvé l’arrangement. La distinction entre une pratique courante et la bonne gestion d’un mandat précis sera au cœur de la réponse du gouvernement en décembre.

L’affaire Homburger place également armasuisse sous le feu des critiques. L’office a participé aux négociations et avait précédemment déclaré qu’un prix fixe avait été convenu. Le Parlement cherche désormais à établir plus clairement la chaîne des responsabilités entre l’unité chargée des acquisitions, les consultants externes et les dirigeants politiques qui ont communiqué les conditions de l’accord.

La réponse de décembre pèsera sur l’accord

La prochaine échéance est en décembre, date à laquelle le Conseil fédéral doit publier sa position sur le rapport des auditeurs. D’ici là, le gouvernement n’a signalé aucun changement immédiat à l’accord d’acquisition, tandis que le Parlement réclame des réponses sur le prix, le mandat de conseil et l’exactitude des déclarations officielles antérieures.

La réduction de la commande a déjà modifié la planification de la défense suisse. Le pays recevra 30 avions F-35, au lieu des 36 initialement prévus, tandis que le gouvernement demande plusieurs centaines de millions de francs pour couvrir des coûts supplémentaires. Pfister affirme que les frais d’exploitation des avions restent dans les limites du budget, mais le Parlement doit encore évaluer si l’achat peut être géré dans le cadre financier révisé.

Pour les contribuables suisses, le débat ne se limitera pas au nombre d’avions. Le programme comprend un budget de 6,4 milliards de CHF, près de 2 milliards de dollars déjà versés et une demande de financement supplémentaire de 394 millions de CHF. Ces montants donnent un poids particulier aux explications du gouvernement sur le processus d’acquisition, avec des conséquences pour les dépenses de défense à venir.

La réponse de décembre montrera si le Conseil fédéral reconnaît des lacunes institutionnelles, attribue des responsabilités ou limite ses conclusions à la responsabilité juridique. Les questions des parlementaires ont fait en sorte que le contrat des F-35 reste un sujet d’actualité dans la politique suisse pendant que le gouvernement mène l’achat à son terme.