Politique
Un excédent fédéral inattendu de 300 millions de francs relance le débat sur les mesures d’austérité
Alors que les prévisions annonçaient un déficit, la Confédération a enregistré un excédent inattendu de 300 millions de francs en 2025, principalement grâce à des recettes fiscales exceptionnelles. Cette manne a relancé le débat politique, tandis que la ministre des Finances défend la nécessité des programmes d’austérité prévus malgré une situation financière meilleure qu’attendu.

La Suisse a déjoué les prévisions budgétaires et clôturé 2025 sur un excédent spectaculaire de 300 millions de francs, à rebours de toutes les prévisions. Ce résultat représente un écart positif de 1,1 milliard de francs par rapport au déficit de 800 millions initialement prévu par la Confédération. Alors que la plupart des pays européens sont aux prises avec une dette toujours plus lourde, Berne boucle une nouvelle fois ses comptes dans le noir.
Cette manne inattendue s’explique principalement par une hausse des recettes fiscales, notamment par un apport exceptionnel provenant du canton de Genève. C’est la troisième année consécutive que les comptes fédéraux dépassent les estimations prudentes, alimentant les accusations de la gauche, qui reproche au gouvernement de crier au loup. Les chiffres racontent toutefois une histoire complexe. Le résultat annoncé suggère une certaine prospérité, mais les mécanismes sous-jacents révèlent une dépendance instable à des recettes exceptionnelles, plutôt qu’une stabilité structurelle. Le gouvernement a réalisé ce que la ministre des Finances Karin Keller-Sutter appelle un « atterrissage parfait », mais les turbulences sont loin d’être terminées.
Une goutte d’eau dans l’océan : la réalité de l’« erreur d’arrondi »
Malgré ces chiffres dans le noir, la ministre des Finances Karin Keller-Sutter refuse de sabrer le champagne. Réfutant fermement tout optimisme, elle a qualifié l’excédent de « pratiquement rien », soit une simple erreur d’arrondi à l’échelle des finances fédérales. Les chiffres confortent sa position en faveur de l’austérité : l’excédent de 300 millions de francs représente à peine 0,29 % du budget total de la Confédération, qui avoisine les 90 milliards de francs.
« Rien ne garantit que nous aurons chaque année une surprise d’un milliard de francs », a averti Karin Keller-Sutter, soulignant que la hausse des recettes fiscales genevoises constitue une anomalie temporaire et non une nouvelle normalité. La ministre a vivement rejeté les accusations d’alarmisme, en faisant valoir que, ces dix dernières années, les écarts budgétaires moyens se sont maintenus à un niveau négligeable de 0,1 %. Le message du Département fédéral des finances est parfaitement clair : compter sur des coups de chance et des recettes exceptionnelles ponctuelles n’est pas une stratégie. L’excédent offre un répit momentané, mais ne fait absolument rien pour réparer les fissures structurelles qui se forment dans les fondements de l’économie suisse.
Le déficit se creuse : le cauchemar des déficits structurels
L’horizon reste inquiétant. Sans mesures correctives immédiates et douloureuses, la Suisse se dirige vers un précipice budgétaire, avec des déficits structurels qui devraient atteindre entre 2 et 4 milliards de francs par an de 2027 à 2029. L’époque où il était facile d’équilibrer les comptes est révolue : le gouvernement est désormais soumis à une pression constante des dépenses, que même les recettes fiscales genevoises ne sauraient couvrir.
Deux charges financières considérables pèsent sur les comptes : la mise en œuvre de la 13e rente AVS et une hausse importante des dépenses de défense. « Le budget n’aborde pas ces défis en position de force, bien au contraire », a déclaré Karin Keller-Sutter. Le frein à l’endettement, pilier constitutionnel de la stabilité économique suisse, est menacé. La ministre estime que ce mécanisme est essentiel à la préparation aux crises, puisqu’il a permis de préserver l’économie durant la pandémie, et qu’il ne peut pas être abandonné aujourd’hui. L’excédent de 2025 est un mirage qui masque une crise structurelle s’aggravant rapidement au détriment des finances fédérales.
Bras de fer au Parlement : la bataille pour la discipline budgétaire
Le terrain politique est prêt pour un affrontement brutal en mars. L’intervention de la ministre des Finances tombe à un moment décisif, alors que le Parlement s’apprête à débattre du programme d’économies controversé. Les enjeux sont considérables : le Conseil des États a déjà réduit de près de 900 millions de francs les économies proposées, ce qui complique la voie vers un budget équilibré.
Karin Keller-Sutter a lancé un avertissement sans équivoque : toute nouvelle tentative d’affaiblir le programme d’économies entraînera automatiquement des coupes ailleurs. L’argent ne tombe pas du ciel. Une décision finale étant attendue d’ici à la fin de la session de printemps, le temps presse et un éventuel référendum se profile. La population suisse pourrait bientôt décider du sort de ces mesures d’austérité dans les urnes. Alors que le Conseil fédéral s’apprête à présenter des perspectives financières actualisées en avril, le message est sans concession : l’excédent de 2025 ne change rien. La discipline budgétaire n’est pas seulement une option, c’est la seule voie pour éviter que le frein à l’endettement suisse ne cède sous la pression.