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Swiss Observer

Les autorités suisses en état d’alerte face à trois maladies du bétail

Les autorités vétérinaires surveillent la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse, de la fièvre catarrhale ovine et de la peste porcine africaine. Des mesures préventives ont déjà été mises en place dans plusieurs cantons.

Les autorités suisses en état d’alerte face à trois maladies du bétail
AISWI swissinfo.ch

Les épizooties ont accaparé l’actualité estivale et soumettent l’agriculture suisse à une pression sans précédent. Les autorités fédérales font actuellement face à une triple menace pour le cheptel national : la dermatose nodulaire contagieuse, la fièvre catarrhale ovine et la peste porcine africaine. La situation est critique : l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) considère ces agents pathogènes comme le principal défi auquel le secteur est confronté aujourd’hui.

Si les alpages idylliques semblent paisibles, une bataille biologique se joue en coulisses. Le gouvernement a mis les bouchées doubles et déployé des mesures préventives qui ont déjà permis de faire vacciner des milliers de bovins dans les cantons de Genève, de Vaud et du Valais. Il ne s’agit pas d’une simple mesure de routine, mais d’une mobilisation défensive face à des maladies qui menacent de dévaster les moyens de subsistance des agriculteurs suisses. Les insectes vecteurs franchissant les frontières, l’OSAV maintient un niveau d’alerte élevé, signe que la période d’observation passive est bel et bien terminée.

Fièvre catarrhale ovine : des chiffres sans appel

Les chiffres concernant la fièvre catarrhale ovine sont particulièrement alarmants. Au 1er août, l’OSAV avait recensé plus de 3 000 cas du sérotype 3 virulent (BTV-3), ainsi que 242 cas du sérotype 8. Il s’agit d’une forte aggravation par rapport à l’année précédente : la maladie est désormais présente dans plus de 20 cantons. Cette maladie transmise par des insectes se propage rapidement, portée par des moucherons de la famille des Cératopogonidés, qui font de l’air même dans les zones de pâturage un vecteur de transmission.

Les conséquences pour le bétail sont graves et visibles. Les animaux infectés souffrent de fièvre, d’inflammations et de boiteries, tandis que les agriculteurs doivent faire face à des mort-nés et à une forte baisse de la production laitière. Le BTV-3 est particulièrement létal pour les moutons, mais les bovins ne sont pas épargnés et développent souvent des symptômes sévères qui paralysent leur productivité. « La vaccination est la seule mesure préventive efficace », affirme sans détour l’OSAV. La campagne de vaccination se heurte toutefois à des obstacles logistiques : les vaccins autorisés ont enfin été obtenus, mais leur disponibilité à grande échelle n’est attendue que d’ici à la fin de l’année, laissant de nombreux troupeaux vulnérables dans l’intervalle.

La Suisse, forteresse face à la dermatose nodulaire contagieuse

La menace de la dermatose nodulaire contagieuse frappe à la porte. Après un foyer confirmé en Savoie, en France, la maladie a de fait encerclé la frontière occidentale de la Suisse, après avoir également gagné l’Italie. La Suisse ne recense actuellement aucun cas sur son territoire, mais l’OSAV avertit que le risque d’introduction est « élevé ». Le danger n’est pas hypothétique : la maladie se transmet par voie aérienne, via des insectes qui ne connaissent pas les frontières nationales.

Dans une action préventive décisive, les autorités vétérinaires ont lancé des campagnes de vaccination intensives dans les régions frontalières de Genève, de Vaud et du Valais. Cette stratégie de « cordon sanitaire » vise à immuniser des milliers de bovins avant que l’agent pathogène ne s’installe. L’urgence est palpable. Si la maladie devait pénétrer dans les troupeaux suisses, les conséquences économiques seraient catastrophiques. La campagne de vaccination actuelle est strictement préventive : elle témoigne de la stratégie du gouvernement, qui privilégie la protection plutôt que la réparation des dégâts. De fait, une véritable forteresse biologique est en train d’être érigée autour des troupeaux bovins de l’ouest du pays.

La menace silencieuse : la peste porcine africaine

Alors que d’autres maladies font la une, la peste porcine africaine reste une menace persistante et discrète à la frontière sud. Le virus s’est durablement installé dans le nord de l’Italie et ne disparaît pas, malgré des années d’efforts pour le contenir. Pour les producteurs suisses de porc, cette proximité est une bombe à retardement. Contrairement à la fièvre catarrhale ovine, il n’existe actuellement aucun vaccin efficace et sûr contre la peste porcine africaine, ce qui laisse la filière exposée.

La stratégie suisse repose entièrement sur la vigilance et la rapidité d’action. L’OSAV l’a clairement indiqué : l’objectif est d’« étouffer toute épidémie dans l’œuf ». Cela suppose une détection précoce, suivie immédiatement, si un seul cas est identifié, d’abattages rigoureux et de mesures de confinement. La défense biologique est un exercice à haut risque, où la marge d’erreur est nulle. Des chercheurs laissent entendre qu’un vaccin pourrait changer la donne à l’avenir, mais, pour l’heure, la protection des porcs suisses repose uniquement sur la biosécurité et l’intervention rapide des équipes concernées.

Révision législative : alléger les procédures

La bureaucratie s’adapte enfin aux réalités biologiques. Les récentes flambées de maladies ont mis en évidence la nécessité d’agir rapidement et incité le Conseil fédéral à proposer une modification importante de la loi. L’objectif est de permettre à l’OSAV d’octroyer des autorisations de mise sur le marché limitées dans le temps pour des médicaments vétérinaires en cas d’épizootie, en contournant les procédures ordinaires trop lentes. Cette mesure est essentielle : jusqu’à récemment, la Suisse ne disposait pas de vaccins contre la fièvre catarrhale ovine autorisés officiellement et les autorités devaient s’appuyer sur des accords d’importation d’urgence avec Swissmedic.

La volonté politique est forte. La procédure de consultation s’est achevée fin juillet sans opposition, et l’Union suisse des paysans plaide activement en faveur de ces procédures simplifiées. Cette évolution législative ne concerne pas uniquement la fièvre catarrhale ovine : elle établit une base légale durable pour lutter contre de futures menaces, dont la dermatose nodulaire contagieuse. En remplaçant les solutions d’urgence au cas par cas par un cadre légal solide, la Suisse veille à ce que, lors de la prochaine épidémie virale, les outils réglementaires soient prêts à être mobilisés immédiatement.