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Les Grisons révoquent les permis de séjour de personnes soupçonnées d’appartenir à la mafia
Les Grisons ont définitivement révoqué les permis de séjour de quatre personnes soupçonnées d’avoir des liens avec la Camorra et la ’Ndrangheta, à la suite d’une opération internationale antidrogue. L’article explique le seuil juridique exceptionnel nécessaire pour révoquer les permis de résidents UE/AELE ainsi que la répartition des compétences entre les autorités migratoires et les tribunaux pénaux.

Quatre permis de séjour à Roveredo ont été définitivement révoqués, mettant un terme à une procédure migratoire exceptionnelle dans les Grisons. Les quatre personnes ont été arrêtées en France et en Italie en février 2026, lors d’une opération internationale antidrogue. Les enquêteurs italiens et français soupçonnaient des liens avec la Camorra et la ’Ndrangheta, deux organisations criminelles solidement implantées de longue date dans le sud de l’Italie.
Les personnes concernées étaient titulaires de permis B et vivaient à Roveredo, dans la région de la Moesa. Durant l’été, l’Office grison des migrations et du droit civil a ordonné la révocation des permis. La décision est entrée en force, car aucune des quatre personnes n’a fait recours. Le canton a présenté cette mesure comme faisant partie de sa réponse aux informations issues de l’enquête transfrontalière.
Cette affaire est importante, car la révocation d’un permis est encadrée par la loi, en particulier pour les résidents relevant des règles UE/AELE. Les autorités migratoires ne peuvent pas simplement se substituer à un tribunal pénal lorsque des accusations sont formulées. Les procédures pénales à l’étranger et la décision administrative en Suisse suivent des voies distinctes. La source ne fait état d’aucune condamnation des quatre personnes, et les soupçons constituent le fondement de la mesure migratoire.
Pour les Grisons, la décision définitive s’inscrit également dans un contexte de contrôle renforcé des demandes dans la région de la Moesa, où le canton a introduit, à titre temporaire, l’obligation de présenter un extrait du casier judiciaire pour certaines personnes travaillant ou déposant une demande au titre des règles UE/AELE.
Pourquoi les révocations de permis restent rares
Pour les résidents UE/AELE, la loi fixe un seuil élevé avant qu’un canton suisse puisse révoquer un permis. Niculin Mosca, chef de l’Office grison des migrations et du droit civil, a déclaré que l’office ne pouvait prendre une telle mesure que dans des cas exceptionnels, en particulier dans l’espace UE/AELE.
Cette restriction reflète la répartition des compétences prévue par le droit suisse. L’expulsion de Suisse relève des tribunaux pénaux. Une autorité migratoire statue sur le statut de séjour, tandis qu’un tribunal pénal détermine la culpabilité et toute expulsion ordonnée par un tribunal. Les deux procédures peuvent reposer sur les mêmes faits, mais elles restent des procédures administrative et pénale distinctes.
Les règles applicables au refus d’un nouveau permis sont un peu moins strictes. Selon Mosca, une demande peut être refusée en cas de condamnations pénales graves. Même cette possibilité est rarement utilisée. Ces dernières années, les Grisons ont enregistré en moyenne moins de 10 cas de ce type, selon l’office des migrations.
La décision concernant Roveredo sort donc largement du cadre de la gestion courante des permis. Elle fait suite à des arrestations dans deux pays, à une opération internationale antidrogue et à des liens présumés avec d’importants réseaux criminels italiens. La révocation définitive n’établit pas en soi la culpabilité pénale. Elle consigne le résultat de l’évaluation administrative du canton, après que les informations à disposition des autorités ont franchi un seuil exceptionnellement élevé.
Un parcours de permis entre deux cantons
L’une des quatre personnes avait obtenu un permis B à Coire en 2021, après que le Tessin avait refusé de lui accorder un titre de séjour. Ce détail montre que les décisions relatives aux permis peuvent évoluer d’un canton à l’autre et souligne l’importance du partage d’informations dans les affaires transfrontalières.
La personne a ensuite vécu à Roveredo, une commune de la région italophone de la Moesa. La source ne fournit aucun autre détail sur le refus antérieur du Tessin, notamment sur ses motifs. Elle ne précise pas non plus si les deux décisions cantonales reposaient sur des éléments de preuve identiques. Ces limites sont importantes pour l’appréciation de l’affaire, car une décision concernant un permis se fonde sur les informations et les circonstances juridiques disponibles au moment où elle est rendue.
Après les arrestations en France et en Italie, l’office des migrations des Grisons a réexaminé le statut de séjour des quatre personnes. Il a ordonné la révocation des permis durant l’été. Aucun recours n’ayant été déposé, les décisions sont entrées en force. Cette issue illustre la manière dont un dossier administratif peut évoluer à la suite d’une enquête pénale internationale, alors même que les questions de culpabilité restent du ressort des tribunaux pénaux.
L’affaire attire également l’attention sur les relations pratiques entre les cantons suisses. Les décisions migratoires sont mises en œuvre à l’échelle locale, tandis que les réseaux criminels organisés opèrent par-delà les frontières. Un refus dans un canton ne détermine pas automatiquement l’issue de toute demande ultérieure dans un autre. Les autorités doivent examiner chaque cas au regard des règles applicables et des éléments disponibles.
La Moesa teste un contrôle renforcé
Dès la mi-août 2026, les Grisons ont commencé à exiger un extrait du casier judiciaire pour certaines demandes UE/AELE dans la région de la Moesa. Cette mesure temporaire concerne les personnes demandant un permis de séjour, les travailleurs saisonniers et les frontaliers. Elle doit rester en vigueur jusqu’à fin décembre 2026.
Le canton a mis en place cette procédure après l’affaire de Roveredo. Les personnes concernées par la mesure doivent présenter un extrait du casier judiciaire, afin que les autorités disposent d’informations supplémentaires lors de l’examen des demandes. La mesure s’applique dans une région où les échanges quotidiens de part et d’autre de la frontière italo-suisse sont étroits, les travailleurs, les résidents et les entreprises passant régulièrement d’une juridiction à l’autre.
Mosca a indiqué que cette adaptation visait à renforcer la sécurité et la prévention. Il a également déclaré que le canton évaluerait, à la fin de l’année, son efficacité, sa faisabilité et sa valeur ajoutée. Cet examen permettra de déterminer si la procédure temporaire fournit des informations utiles sans imposer de charges administratives inutiles aux personnes qui déposent une demande et aux employeurs.
Cette nouvelle exigence ne remplace ni les enquêtes pénales ni les procédures judiciaires. Elle fournit aux responsables des migrations une source d’information supplémentaire lors de l’examen des demandes de permis. Le canton doit toujours appliquer les règles juridiques régissant les résidents UE/AELE et distinguer une demande de nouveau permis de la révocation d’un permis existant. La décision concernant Roveredo montre à quel point cette dernière mesure est rare, tandis que celle concernant la Moesa illustre la mise à l’essai, par les Grisons, d’un outil de contrôle plus systématique.
Une affaire locale aux conséquences nationales
La décision concernant les permis intervient alors que la Suisse prépare une stratégie nationale contre la criminalité organisée d’ici à fin 2026. Le Conseil fédéral a indiqué que la Suisse est de plus en plus touchée par la criminalité organisée et qu’il prévoit d’adopter une approche à l’échelle nationale. La réponse des Grisons dans la région de la Moesa constitue un exemple cantonal de renforcement des contrôles administratifs, alors que cette stratégie plus large se dessine.
Les mesures nationales et cantonales agissent à des niveaux différents. Une stratégie fédérale peut définir des priorités communes en matière de lutte contre la criminalité et de prévention. La procédure temporaire des Grisons concerne spécifiquement les informations recueillies lors des demandes de permis de séjour et de travail. Aucune de ces mesures ne modifie la compétence des tribunaux pénaux en matière de condamnations ou d’expulsions prononcées dans le cadre de procédures pénales.
Pour les résidents et les employeurs de la région de la Moesa, l’effet immédiat est d’ordre procédural. Certaines personnes déposant une demande au titre des règles UE/AELE, certains travailleurs saisonniers et certains frontaliers doivent fournir un extrait du casier judiciaire jusqu’à fin décembre 2026. À la fin de l’année, le canton examinera si ce contrôle supplémentaire a apporté une valeur concrète.
Les décisions de révocation des quatre permis de Roveredo sont déjà entrées en force, car aucun recours n’a été déposé. Cette affaire continuera d’alimenter le débat sur la manière dont la Suisse traite les soupçons de criminalité organisée tout en respectant les garanties juridiques liées aux droits de séjour. La prochaine étape consistera à déterminer si le système de contrôle temporaire des Grisons produit des informations que les autorités peuvent exploiter de manière cohérente et légale.