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Swiss Observer

Découverte de l’âge du Bronze : plus de 2 000 objets retrouvés sur un site suisse destiné aux déchets

Une fouille archéologique dans le canton du Jura met au jour un important habitat préhistorique, avec des poteries et des bijoux datant de 1050 à 650 av. J.-C., sur le site prévu pour un centre de traitement des déchets.

Découverte de l’âge du Bronze : plus de 2 000 objets retrouvés sur un site suisse destiné aux déchets
AISWI swissinfo.ch

Dans un étonnant retournement du destin, une parcelle destinée aux déchets a livré un aperçu inestimable de la préhistoire suisse. À Delémont, dans le canton du Jura, les fouilles ont mis au jour plus de 2 000 objets archéologiques, transformant un projet de centre de traitement des déchets en un site d’une grande importance historique. Il ne s’agit pas de quelques tessons, mais d’une découverte considérable et concentrée, qui s’étend sur 600 mètres carrés et remet en question notre compréhension de la densité ancienne de la région.

La Section d’archéologie et de paléontologie du canton du Jura a confirmé la découverte mardi, révélant un véritable trésor dissimulé dans vingt structures distinctes. Alors que les machines modernes attendaient pour déblayer le terrain en vue d’y enfouir des déchets, l’histoire a résisté. Les objets retrouvés datent d’une période de transition mouvementée, entre l’âge du Bronze final (1050 à 800 av. J.-C.) et le premier âge du Fer (800 à 650 av. J.-C.). Cette découverte met brusquement un terme au récit ordinaire du développement des infrastructures et le remplace par un chapitre vivant et urgent du patrimoine suisse, qui exige une attention et une préservation immédiates.

La vie domestique à l’âge du Bronze

Ce n’était pas un champ de bataille, mais un lieu de vie. L’ampleur de la découverte, avec près de 2 000 fragments de poterie, donne une image saisissante d’une vie domestique stable plutôt que d’un conflit. Alors que de nombreuses fouilles livrent des armes ou des fortifications, le site de Delémont offre quelque chose de bien plus intime : les vestiges du quotidien. À côté de récipients en céramique, que les spécialistes indiquent avoir été assemblés à la main avec minutie, les archéologues ont retrouvé des parures personnelles qui donnent un visage aux personnes qui vivaient ici autrefois.

L’inventaire est impressionnant. Une fibule en bronze, une épingle en fer et de délicats bracelets en schiste bitumineux ont été extraits du sol. Ces objets nous relient directement aux personnes qui vivaient ici il y a 3 000 ans. Les formes et les décors des céramiques témoignent d’un savoir-faire artisanal sophistiqué et d’une communauté profondément enracinée dans ce lieu précis. Le communiqué de presse du canton du Jura souligne le « caractère domestique » de l’occupation, suggérant l’existence d’un habitat prospère où l’art, l’usage et le style personnel se côtoyaient bien avant que les Romains ne mettent le pied dans la région.

Sur les traces du commerce dans l’Europe ancienne

La révélation la plus surprenante des fouilles de Delémont ne concerne pas la quantité d’objets, mais leur origine potentielle. Dans une Europe peu peuplée, la région suisse faisait déjà partie d’un réseau commercial complexe à longue distance. La découverte de bracelets en schiste bitumineux suscite l’enthousiasme des historiennes et des historiens, car certains indices suggèrent un lien avec le Dorset, dans le sud de l’Angleterre, à plus de 1 000 kilomètres de là.

À cette époque, le Dorset était un centre connu pour ses carrières de schiste et ses ateliers de fabrication. La présence de ces parures particulières dans un habitat suisse suggère que la région jurassienne n’était pas isolée, mais intégrée à un système d’échanges à l’échelle du continent. Cela remet en cause l’image de communautés préhistoriques suisses repliées sur elles-mêmes. La découverte révèle au contraire une économie dynamique, où des biens de luxe parcouraient de vastes distances, au péril de nombreux dangers. De nouvelles études visent à confirmer ces liens commerciaux, ce qui pourrait amener à revoir la carte des échanges économiques à l’âge du Bronze final.

Une course contre la montre pour préserver un patrimoine fragile

Le compte à rebours est lancé pour préserver ces objets. Après avoir survécu trois millénaires sous terre, ils sont extrêmement fragiles et sont soumis à une épreuve décisive dès qu’ils entrent en contact avec l’air. Les autorités suisses ont pris la mesure de la situation et apportent un soutien financier essentiel afin d’éviter que ces objets ne se dégradent rapidement. Il s’agit autant d’une opération de sauvetage que d’un projet de recherche.

Avant toute reconstitution ou étude approfondie, la priorité est de consolider les objets. Les restauratrices et les restaurateurs doivent stabiliser les poteries qui s’effritent et les métaux corrodés afin d’éviter qu’ils ne tombent en poussière. Ce n’est qu’après cette intervention délicate que les pièces pourront être réassemblées pour livrer toute leur histoire. Les recherches archéologiques se poursuivront, mais la priorité immédiate est de sauver ce qui a déjà été découvert. Cette intervention soutenue par les autorités souligne une vérité essentielle : l’histoire de la Suisse est une ressource non renouvelable, et sa préservation exige des mesures ambitieuses et immédiates.