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Swiss Observer

Le Parlement ouvre la voie au retour du nucléaire en Suisse

Dans un important changement de politique, une commission parlementaire suisse a soutenu la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, faisant de l’énergie atomique une option viable pour l’approvisionnement électrique futur du pays.

Le Parlement ouvre la voie au retour du nucléaire en Suisse
AISWI swissinfo.ch

La Suisse se précipite vers une renaissance nucléaire, tandis que les rouages politiques du pays démantèlent avec détermination une interdiction vieille de dix ans. Dans une décision qui fait des vagues dans le paysage énergétique européen, une importante commission parlementaire a officiellement soutenu la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement de politique, mais d’un tournant fondamental dans l’identité nationale suisse. Pendant des années, la Stratégie énergétique 2050 adoptée en 2017 a laissé présager une sortie progressive de l’énergie atomique, mais la menace d’une pénurie énergétique a contraint le pays à une confrontation spectaculaire avec le statu quo. La commission de l’énergie du Conseil national s’est désormais ralliée au Conseil des États, signe d’un front uni face au risque de pénurie d’électricité. Si les critiques estiment que cela revient sur les objectifs en matière d’énergies renouvelables, les partisans affirment que l’initiative « De l’électricité pour tous et en tout temps » est le seul moyen de préserver le mode de vie suisse. L’urgence est palpable, alors que le pays fait face à la double pression des objectifs climatiques et d’une demande en forte hausse. Cette décision marque le moment où la Suisse a cessé de regarder vers Fukushima et a commencé à se tourner vers sa propre survie.

La machine législative se met en marche

Le sort du réseau électrique suisse s’est joué à une voix près, avec un résultat de 13 contre 12, preuve de la profonde polarisation qui persiste dans le pays sur la question du nucléaire. Cette marge infime au sein de la commission de l’énergie du Conseil national souligne une lutte interne acharnée, mais la dynamique en faveur d’un retour du nucléaire est indéniable. La commission a opté pour un contre-projet stratégique visant à modifier la loi fédérale plutôt que la Constitution, afin d’éviter les lourdes démarches d’une révision constitutionnelle tout en ouvrant la voie aux nouvelles technologies. En choisissant cette approche, le gouvernement entend rester « technologiquement neutre » et permettre aux réacteurs de nouvelle génération de prétendre à une place dans le mix énergétique suisse. Cette manœuvre législative évite les exigences plus rigides de l’initiative « Stop au blackout », tout en poursuivant le même objectif : veiller à ce que toutes les sources d’énergie respectueuses du climat restent envisageables. Contrairement à la lenteur bureaucratique du passé, le processus avance à une vitesse sans précédent. Le message est clair : l’ère des interdictions idéologiques est révolue et laisse place à une recherche pragmatique, fondée sur les données, de la sécurité d’approvisionnement.

La bataille décisive pour la souveraineté énergétique

La Suisse dépend actuellement de quatre réacteurs vieillissants, Beznau I, Beznau II, Gösgen et Leibstadt. Piliers du réseau électrique national, ils approchent rapidement de la fin de leur vie. Sans nouvelles constructions, le pays risque un déficit énergétique catastrophique à mesure que ces centrales seront mises hors service. La déclaration de la commission selon laquelle l’énergie nucléaire « doit redevenir une option » répond directement à cette menace existentielle. Si l’énergie solaire et éolienne continue de se développer, leur production intermittente rend l’économie suisse vulnérable pendant les mois d’hiver sombres et sans vent. La relance du nucléaire est une démarche en faveur de la souveraineté : elle traduit le refus de dépendre des importations d’énergie de pays voisins qui sont eux-mêmes en difficulté. Au-delà d’une question intérieure, c’est un message adressé au monde : la Suisse ne sacrifiera pas sa stabilité industrielle au confort politique. Le débat s’invite désormais au premier plan, obligeant chaque citoyenne et chaque citoyen à mettre en balance les risques liés aux déchets radioactifs et la certitude d’un avenir marqué par le manque d’énergie. La tension entre écologistes et pragmatiques n’a jamais été aussi forte, alors que le pays doit faire face à la réalité : une énergie « verte » pourrait nécessiter un socle nucléaire.

Dessiner un avenir radioactif

La voie à suivre est désormais claire : la Suisse se prépare à construire. Cette avancée législative ouvre la voie à une décennie de planification intense, d’investissements et, probablement, à une votation historique. Les enjeux sont considérables. Pour la population suisse, cela pourrait se traduire par une stabilisation à long terme des prix de l’électricité, mais aussi par un nouveau débat sur les dépôts en couches géologiques profondes et la sécurité des nouveaux modèles de réacteurs. Alors que la décision de la commission de l’énergie du Conseil national est soumise à l’ensemble du Conseil, le monde observe. La Suisse deviendra-t-elle un modèle pour d’autres pays européens qui reconsidèrent leur sortie du nucléaire ? La dynamique s’accélère et l’initiative « Stop au blackout » a réussi à faire plier le gouvernement. Au cours des prochaines années, il faut s’attendre à une vague d’activité, alors que les géants de l’énergie et les jeunes pousses technologiques se disputeront leur part du gâteau nucléaire suisse. L’interdiction s’effrite et une nouvelle ère d’ambitions atomiques s’ouvre. La Suisse ne se contente plus de gérer un déclin : elle façonne activement un avenir énergétiquement abondant, sans laisser l’éclairage au hasard. L’ère atomique n’a pas pris fin dans les Alpes : elle entame simplement un deuxième acte.