Ukraine
L’Ukraine affirme que des composants fabriqués en Suisse continuent d’être retrouvés dans des armes russes
Les autorités ukrainiennes affirment que des composants fabriqués par des entreprises suisses continuent d’être retrouvés dans des drones et des missiles russes. Un conseiller du président ukrainien demande à la Suisse d’en faire davantage pour interrompre ces livraisons.

Les autorités ukrainiennes affirment que des pièces fabriquées en Suisse sont toujours retrouvées dans des armes russes, plusieurs mois après que Kyiv a demandé à la Suisse de renforcer sa réponse. Vladyslav Vlasiuk, conseiller du président ukrainien pour les sanctions internationales, a déclaré à SRF que les enquêteurs continuaient de trouver ces composants en septembre et octobre 2026.
L’Ukraine subit chaque nuit des attaques russes par missiles et drones. Vlasiuk décrit le danger pour les civils comme une loterie, car n’importe qui peut se trouver sur la trajectoire d’une frappe. Selon lui, l’accès à des composants électroniques étrangers rend l’industrie de l’armement russe plus vulnérable aux sanctions et aux contrôles à l’exportation que Moscou ne le prétend.
Selon Vlasiuk, des composants étrangers, principalement des microcomposants électroniques, sont présents dans 90% des armes russes. Des experts qui ont examiné des débris d’armes depuis 2022 estiment que 95% des drones et missiles russes contiennent des pièces d’entreprises suisses. Ces chiffres résument le débat auquel Berne est désormais confrontée : les efforts de la Suisse pour surveiller la circulation des produits de ses entreprises suffisent-ils à les empêcher de se retrouver dans les arsenaux russes ?
Retracer les pièces fabriquées en Suisse
STMicroelectronics et u-blox sont les fabricants liés à la Suisse au centre des préoccupations de l’Ukraine. STMicroelectronics est un important fabricant de semi-conducteurs dont le siège est à Genève, aux origines françaises et italiennes, et dont la société mère est enregistrée aux Pays-Bas. Ses puces sont utilisées dans les voitures, les équipements industriels et l’électronique grand public.
u-blox, issue de l’EPFZ en 1997, fabrique des puces et des modules de géolocalisation par satellite, notamment des récepteurs GPS, ainsi que des équipements de communication sans fil. Des composants conçus pour des produits civils peuvent aussi avoir des usages militaires, ce qui place le contrôle des chaînes d’approvisionnement au cœur de l’appel de Kyiv.
Les entreprises affirment respecter les sanctions et n’avoir eu aucune activité commerciale avec la Russie depuis 2022. Vlasiuk craint que des pièces fabriquées ou vendues hors de Suisse n’arrivent malgré tout en Russie par l’intermédiaire de sociétés tierces. Des enquêtes ont mis au jour des réseaux de distribution en Chine qui envoient des composants électroniques en Russie. Ce circuit complique l’application des contrôles, mais, selon Vlasiuk, cela ne dispense pas d’agir lorsque des pièces de sociétés suisses sont identifiées dans des débris d’armes.
Faire pression sur Berne pour renforcer les contrôles
Kyiv souhaite que les autorités suisses chargées de l’application de la loi et du contrôle des exportations participent plus étroitement aux efforts visant à interrompre ces livraisons. L’Ukraine a mené de longs entretiens avec le gouvernement suisse, mais Vlasiuk estime que la réponse n’a pas été à la hauteur de la situation. Selon lui, une explication fondée sur le fait que les composants sont fabriqués et fournis hors de Suisse aurait pu être acceptable en 2023, mais ne correspond plus à l’évolution des sanctions et des méthodes de contournement russes en 2026.
Le Conseil fédéral affirme tout faire pour que les entreprises surveillent leurs chaînes d’approvisionnement. Il relève également que les composants sont fabriqués et fournis hors de Suisse. Vlasiuk reconnaît le soutien suisse à l’Ukraine, tout en insistant sur le fait que la localisation des usines et l’absence d’exportations directes ne peuvent clore l’enquête, alors que des pièces d’entreprises suisses continuent d’apparaître dans des armes russes.
Le différend pousse les entreprises et les autorités suisses à montrer comment le contrôle des chaînes d’approvisionnement peut s’adapter à l’évolution des circuits de distribution. Pour Kyiv, des contrôles continus constituent un moyen concret de limiter l’accès de la Russie aux technologies utilisées dans ses armes.
Mesurer les progrès face au contournement
L’Ukraine cite NXP comme preuve qu’une pression soutenue peut réduire la présence des pièces d’un fabricant dans les armes russes. Selon Vlasiuk, le fabricant néerlandais de puces avait auparavant fait l’objet de critiques encore plus vives. En 2026, les enquêteurs ukrainiens ne trouvaient presque plus de traces de composants NXP dans les armes examinées. Il affirme ne pas avoir constaté de progrès comparable chez les entreprises suisses.
La Chine reste une source de préoccupation pour Kyiv, car des réseaux de distribution y envoient des composants électroniques en Russie. Vlasiuk a salué les changements réglementaires annoncés, selon certaines informations, par l’autorité chinoise chargée du contrôle des exportations, tout en s’interrogeant sur leur efficacité. Les puces américaines restent également très répandues dans les armes russes. L’Ukraine continue de collaborer avec le gouvernement américain pour restreindre l’accès de la Russie à ces composants, même si les microprocesseurs américains représentent toujours une part extrêmement élevée de ceux retrouvés dans les missiles balistiques russes.
Pour la Suisse, le débat porte désormais sur la capacité du contrôle exercé par les entreprises et des contrôles à l’exportation à suivre l’évolution des voies d’approvisionnement vers la Russie. Les autorités ukrainiennes affirment que leurs dernières découvertes montrent que les composants suisses restent un élément du problème.