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Proton Technologies gèle ses investissements en Suisse en raison de préoccupations liées à la surveillance
Le fournisseur de messagerie chiffrée Proton, basé à Genève, gèle ses investissements en Suisse, invoquant des inquiétudes face à une possible évolution vers un État de surveillance.

Dans un développement important qui met en lumière les tensions croissantes entre le droit à la vie privée et les exigences de surveillance, Proton Technologies, basée à Genève, a annoncé le gel de ses investissements en Suisse. Fondée il y a 11 ans par trois scientifiques du CERN et connue dans le monde entier pour ses services de messagerie chiffrée, l’entreprise a pris cette mesure radicale en réaction aux lois sur la surveillance proposées, qui, selon elle, porteraient fondamentalement atteinte à son modèle commercial axé sur la protection de la vie privée.
Le différend réglementaire
Au cœur de la controverse se trouvent deux projets d’ordonnance qui visent à actualiser les règles suisses en matière de surveillance des communications. Ces projets obligeraient les fournisseurs de messagerie chiffrée, dont Proton et WhatsApp, à identifier leurs utilisateurs et à conserver leurs données afin que les autorités puissent y accéder. La mise en garde sans équivoque du directeur général Andy Yen, selon laquelle « les services de Proton en Suisse seront moins privés que ceux de Google » si les nouvelles règles entrent en vigueur, souligne la gravité de la situation. L’entreprise estime que ces exigences sont directement contraires à sa mission fondamentale, qui consiste à proposer des services numériques axés sur la protection de la vie privée.
Conséquences pour l’entreprise et projets de transfert
La conséquence immédiate de cette décision est le transfert en Allemagne et en Norvège des centres de données d’intelligence artificielle de Proton, pour un investissement de 100 millions de CHF. Pour la suite, Proton a présenté des projets d’expansion ambitieux en Europe, d’une valeur de 1 milliard de CHF d’ici à 2030. Un montant de 900 millions de CHF pourrait encore être investi à Genève, mais cela dépend d’un environnement réglementaire favorable. La décision de l’entreprise de transférer à l’étranger des infrastructures sensibles témoigne d’une importante perte de confiance dans l’orientation actuelle de la réglementation suisse.
Réactions politiques et préoccupations démocratiques
La décision de Proton a suscité des réactions politiques contrastées. Le député socialiste Samuel Bendahan, tout en se disant sensible aux préoccupations concernant la vie privée, a critiqué la démarche de l’entreprise, déclarant : « Je n’aime jamais que des entreprises essaient de faire pression sur la Suisse ou sa population avec de l’argent. » Le débat a relancé les discussions plus générales sur les processus démocratiques et l’influence des entreprises dans l’élaboration des politiques. Des responsables politiques de différents partis ont exprimé leurs préoccupations quant à la démarche du gouvernement, soulignant la nécessité de politiques bénéficiant d’un consensus plus large.
Conséquences pour l’avenir du secteur technologique suisse
Cette controverse soulève des questions cruciales sur l’avenir de la Suisse comme pôle technologique. La réputation du pays en matière de protection de la vie privée et de stabilité politique a historiquement attiré les entreprises technologiques. Le différend actuel pourrait toutefois annoncer une évolution susceptible de réduire l’attrait de la Suisse pour les entreprises technologiques attachées à la protection de la vie privée. L’issue de cette situation pourrait créer d’importants précédents sur la manière dont la Suisse concilie les intérêts de la sécurité nationale avec son rôle de pôle mondial de la technologie et de la protection de la vie privée.