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Swiss Observer

Genève propose de rémunérer les viticulteurs pour préserver les vignobles en pleine crise

Pour lutter contre la crise de la viticulture suisse, le canton de Genève propose de verser chaque année 18 000 CHF par hectare aux viticulteurs afin qu’ils entretiennent leurs vignes sans être tenus de produire du raisin, dans le but de préserver le paysage et les infrastructures de production de la région.

Genève propose de rémunérer les viticulteurs pour préserver les vignobles en pleine crise
AISWI swissinfo.ch

Genève entend protéger son patrimoine viticole d’un effondrement total. Dans une décision audacieuse et sans précédent, le gouvernement cantonal a dévoilé un plan visant à rémunérer les viticulteurs pour qu’ils maintiennent simplement leurs vignes en vie, même s’ils ne récoltent pas le moindre raisin. Il ne s’agit pas seulement d’agriculture, mais d’une mesure défensive désespérée pour éviter que le paysage suisse ne soit durablement défiguré. Alors que la baisse de la consommation et les importations à bas prix mettent le marché intérieur à rude épreuve, le canton est confronté à une sombre réalité : sans intervention immédiate, les rangées historiques de vignes qui caractérisent la région pourraient disparaître à jamais. Le gouvernement ne demande pas seulement aux viticulteurs de patienter : il met de l’argent sur la table pour empêcher les tronçonneuses de faire leur œuvre et éviter que des décennies d’investissements soient arrachées.

18 000 francs pour laisser les vignes en veille

Les chiffres sont aussi frappants que la mesure elle-même : 18 000 CHF par hectare, chaque année. Cette aide transitoire, destinée à couvrir au maximum 10 % des surfaces viticoles déclarées, représente une importante injection de liquidités dans un secteur en difficulté. Mercredi, le gouvernement cantonal a déposé une demande de crédit supplémentaire de 2,3 millions de CHF pour financer ces subventions en 2026. Il s’agit d’un pari calculé visant à maintenir les infrastructures de production dans une sorte d’hibernation. En supprimant l’obligation de produire, le canton permet aux viticulteurs de réduire leurs frais généraux et de commercialiser leurs excédents, tout en veillant à ce que les terres restent prêtes en vue d’une reprise. C’est un pont à haut risque pour traverser une période d’extrême volatilité économique.

Le piège des zones protégées : pourquoi les viticulteurs ne peuvent pas se réorienter

Plus de 90 % des 1 400 hectares de vignobles genevois se trouvent dans des zones protégées, ce qui place les agriculteurs dans un carcan juridique. Alors que d’autres secteurs pourraient se tourner vers de nouveaux produits en période de ralentissement, les viticulteurs ne sont pas autorisés par la loi à convertir leurs terres à d’autres cultures. En outre, le droit suisse exige que les vignes soient entretenues afin de prévenir les risques phytosanitaires, comme la propagation de maladies. Il en résulte un paradoxe accablant : les viticulteurs sont contraints d’entretenir des terres qui leur font actuellement perdre de l’argent, sans possibilité légale d’en sortir. La subvention proposée est la seule soupape pour une communauté prise au piège entre des protections environnementales rigides et un marché en difficulté. C’est une bouée de sauvetage nécessaire pour celles et ceux qui sont légalement tenus de veiller sur le paysage.

La bataille du vin : lutter contre les contingents d’importation étrangers

La crise genevoise est le symptôme d’une lutte nationale bien plus vaste contre l’afflux d’importations européennes à bas prix. Les viticulteurs suisses sont actuellement confrontés à un marché où la baisse de la consommation intérieure coïncide avec une hausse de l’offre étrangère moins chère. Le gouvernement genevois présente explicitement son aide comme une mesure « transitoire », destinée à tenir le cap jusqu’à ce que le gouvernement fédéral à Berne agisse. L’espoir est que le gouvernement suisse finisse par abaisser les contingents de vins provenant de l’étranger, donnant ainsi aux producteurs locaux une chance de rivaliser. En attendant ce changement de politique, Genève choisit de subventionner des vignobles « en veille » plutôt que de voir sa capacité de production détruite durablement par les pressions du marché mondial.

Préserver l’âme de la politique romande

En Suisse romande, le vin est plus qu’un produit : c’est le lubrifiant de la démocratie. L’apéritif reste au cœur de la vie politique et sociale en Romandie et constitue un pilier culturel qui distingue la région de ses voisines alémaniques. Perdre les vignobles, c’est perdre une partie de l’âme suisse. En proposant cette subvention de 2,3 millions de CHF, Genève affirme ce qui compte à ses yeux. Cette mesure vise à protéger l’art de vivre qui caractérise le canton. Alors que le projet passe devant la commission des finances, la Suisse a les yeux rivés sur Genève. Si ce modèle réussit, il pourrait servir de référence à d’autres cantons pour préserver leur patrimoine face à la froide logique de l’économie mondiale.