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Swiss Observer

Les travailleuses et travailleurs de la construction manifestent dans les grandes villes suisses pour de meilleures conditions

Des milliers de personnes manifestent à Zurich et à Lausanne pour réclamer des hausses de salaire et des horaires compatibles avec la vie de famille, à l’approche des négociations sur la convention nationale du secteur.

Les travailleuses et travailleurs de la construction manifestent dans les grandes villes suisses pour de meilleures conditions
AISWI swissinfo.ch

Ce samedi, le cœur financier de Zurich a manqué un battement lorsqu’une marée grondante de milliers de personnes travaillant dans la construction a envahi le centre-ville, paralysant la circulation. Dans une démonstration de force brute, une puissante pelleteuse a ouvert la marche, traçant un chemin du Limmatquai à la Helvetiaplatz et entraînant la suspension de plusieurs lignes de tram. Il ne s’agissait pas d’une demande polie, mais d’une revendication tonitruante de reconnaissance.

L’impact visuel était indéniable. Une mer de drapeaux rouges d’Unia claquait au vent, contrastant fortement avec la pierre grise du quartier historique de Zurich. Le nombre considérable de participants témoigne d’une tension qui atteint un point critique dans le secteur. Ces personnes, piliers des infrastructures suisses, ne se contentent plus de rester invisibles derrière les échafaudages. En occupant physiquement les rues, elles ont adressé un message clair à la Société suisse des entrepreneurs : la main-d’œuvre est mobilisée, organisée et prête à bousculer le statu quo pour se faire entendre.

Les revendications : dignité et temps, pas seulement des francs

Ne vous y trompez pas : cette mobilisation va bien au-delà d’un simple différend salarial. Si les hausses de salaire sont un élément incontournable de leurs revendications, le slogan « Respect pour notre travail » traduit un mécontentement systémique plus profond. Les travailleuses et travailleurs doivent composer avec des horaires éprouvants qui laissent peu de place à la vie en dehors du chantier. La revendication d’« horaires de travail compatibles avec la vie de famille » occupe de plus en plus le devant de la scène et remet en question les structures traditionnelles et rigides du secteur de la construction.

Dans un secteur connu pour la pénibilité physique et les longues journées, où la durée maximale habituelle est souvent de 45 heures par semaine, la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée est révolutionnaire. Les syndicats font valoir que le respect ne se résume pas au versement mensuel du salaire, mais concerne aussi le coût humain de la construction de la Suisse. En liant salaires et temps de travail, les travailleuses et travailleurs redéfinissent ce que doit être un contrat moderne dans la construction. Ils réclament un changement de paradigme qui accorde autant de valeur à leur santé et à leur famille qu’au béton qu’ils coulent.

Compte à rebours jusqu’en 2025 : l’affrontement autour de la convention approche

La fin de l’année 2025 approche à grands pas. Elle marque l’échéance de la convention nationale actuelle sur les conditions de travail, et les camps commencent déjà à se former. Les syndicats Unia et Syna ont lancé un avertissement sans équivoque : il faut s’attendre à « des négociations qui ne seront pas faciles ». La démonstration de force de ce week-end constitue une offensive préventive, une démonstration musclée de leur poids avant même que les représentants ne s’assoient à la table des négociations.

Les enjeux sont considérables. Si aucun accord n’est trouvé, le secteur suisse de la construction pourrait sombrer dans le chaos et de grands projets d’infrastructure dans tout le pays risqueraient d’être paralysés. Les syndicats signalent qu’ils n’accepteront pas une reconduction du statu quo. Alors que l’échéance approche, la pression repose désormais clairement sur les employeurs, qui doivent répondre à une main-d’œuvre ayant prouvé qu’elle pouvait mobiliser des milliers de personnes en un rien de temps. La route vers 2026 sera probablement semée de conflits.

Un front uni, de la Suisse alémanique à la Romandie

Il ne s’agit pas d’une flambée régionale isolée, mais d’une offensive nationale coordonnée. Alors que les lignes de tram étaient bloquées à Zurich, une manifestation parallèle devait parcourir Lausanne plus tard dans l’après-midi, faisant le pont par-dessus la barrière de rösti autour d’un message commun. La coordination entre les branches germanophone et francophone du mouvement syndical témoigne d’une solidarité remarquable que les employeurs ne peuvent ignorer.

Quand des milliers de personnes défilent le même jour à Zurich et à Lausanne, un conflit du travail devient une question d’importance nationale. Cela montre que les revendications sur les salaires et les horaires sont communes à l’ensemble du secteur suisse de la construction. Au coucher du soleil, le message adressé à Berne et aux dirigeants du secteur est parfaitement clair : les travailleuses et travailleurs sont unis, leurs revendications sont coordonnées et leur patience s’épuise.