Économie
Novartis annonce un recul de ses ventes face à l’intensification de la concurrence des génériques
Le géant pharmaceutique suisse Novartis a annoncé un recul de son chiffre d’affaires au premier trimestre, attribuant cette pression à la perte de la protection par brevet de médicaments générant des milliards, comme Entresto. L’entreprise se prépare à subir tout au long de l’année les effets importants de l’arrivée de médicaments génériques.

Un chiffre d’affaires de 13,1 milliards de dollars au premier trimestre marque un tournant pour Novartis, le géant pharmaceutique étant enfin confronté à la « falaise des brevets » redoutée depuis longtemps. Ce recul de 1 % des revenus, qui atteint 5 % à taux de change constants, signe la fin d’une époque pour certains des actifs les plus lucratifs de l’entreprise. Alors que le chiffre d’affaires avait encore progressé de 8 % deux trimestres auparavant, la dynamique s’est essoufflée. Le géant bâlois traverse désormais la période de concurrence des génériques la plus difficile de son histoire. Il ne s’agit pas d’un déclin progressif, mais d’un changement soudain et calculé du paysage du marché. Le bénéfice consolidé de l’entreprise est déjà tombé à 3,2 milliards de dollars, contre 3,6 milliards un an plus tôt. Les investisseurs suivent la situation de près, tandis que le bouclier de l’exclusivité disparaît et que des marques générant des milliards sont exposées à la dure réalité du marché libre.
Les génériques passent à l’assaut
Plus de 4 milliards de dollars de ventes annuelles sont actuellement menacés, alors que les fabricants de génériques inondent le marché d’alternatives à bas prix aux produits phares de Novartis. La perte de la protection par brevet d’Entresto, Promacta et Tasigna, des médicaments générant chacun plusieurs milliards d’euros, a ouvert la voie aux produits copiés. Le directeur général Vas Narasimhan n’a pas mâché ses mots, avertissant que l’impact serait « nettement plus important » au premier semestre 2026. L’entreprise est confrontée de plein fouet au cycle de vie de l’innovation pharmaceutique. Novartis a certes dominé le marché pendant des années grâce à ces traitements, mais l’arrivée des génériques impose une réévaluation immédiate et radicale de la valeur de ses produits. L’ampleur de cette transition est sans précédent pour l’entreprise : trois de ses sources de revenus les plus importantes subissent simultanément l’érosion due à des concurrents qui n’ont pas à supporter les énormes coûts de recherche et développement du groupe suisse.
Les marges bénéficiaires sous pression
Le bénéfice opérationnel de base a chuté de 12 %, à 4,9 milliards de dollars, manquant nettement le consensus AWP de 5,2 milliards. Cet indicateur, utilisé par les analystes pour exclure les effets des coûts ponctuels, révèle la véritable pression exercée sur le résultat net de l’entreprise. Le bénéfice opérationnel a lui-même reculé de 9 %, à 4,2 milliards de dollars, principalement sous l’effet de la baisse des volumes de ventes de médicaments de marque à forte marge. Le contraste est saisissant : alors que Novartis lutte pour préserver ses parts de marché, les coûts liés au maintien d’une infrastructure mondiale restent élevés. Cette pression financière est encore compliquée par les pressions politiques internationales, notamment les récents accords conclus avec le gouvernement américain pour faire baisser les prix des médicaments. Le modèle traditionnel de l’industrie pharmaceutique, fondé sur des marges élevées, est attaqué sur deux fronts : par les fabricants de génériques en bas et par les autorités de régulation en haut.
Bâle se prépare à une année de transition
Malgré les turbulences immédiates, la direction de Novartis reste déterminée, confirme ses objectifs pour l’ensemble de l’année et prévoit une croissance des ventes de l’ordre de quelques pour cent d’ici à la fin de l’année. Cette confiance laisse penser que l’entreprise s’attend à ce que les nouveaux médicaments en développement compensent à terme les pertes massives liées à l’expiration de ses brevets. Pour la Suisse, les enjeux sont considérables. Novartis étant l’un des plus grands employeurs du pays et un pilier de l’économie suisse, sa capacité à se réorienter relève de l’intérêt national. L’entreprise mise sur une reprise au second semestre pour stabiliser son bénéfice opérationnel de base, qui ne devrait actuellement reculer que légèrement sur l’ensemble de l’année. Le message de Bâle est clair : la tempête est là et elle est violente, mais la solidité structurelle du géant pharmaceutique suisse reste intacte. Les prochains mois diront si Novartis peut innover pour combler ce manque de 4 milliards de dollars ou si l’époque de la croissance à deux chiffres appartient au passé.